Créer un blog Présentation

Nom du blog :
barbaraaucongo
Description du blog :
barbara est partie au congo suivre les bonobos en milieu sauvage, elle nous raconte son experience
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
26.02.2008
Dernière mise à jour :
26.02.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<

Navigation

Accueil
Livre d'or barbaraaucongo
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· premières impressions....
· deuxième lettre...
· çà se corse!
· le roman!!!
· episode spécial!

Statistiques



Ajoutez aux favoris 20 derniers commentaires

RSS

Blogs 12 à découvrir :

· ustrip
· bellonpog
· afdi
· huguesusa
· lareunionparpekin
· unanatroisrivieres
· egypteancienne
· india07
· ladycareen
· 2ceninde

episode spécial!

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
> Bonjour,
>
> Il est des jours ou l’on a moins envie de se réveiller à 3H00. Il est des matins qui vous pèsent plus que d’autres. Le réveil sonne. La toute première difficulté s’impose immédiatement : ouvrir ses yeux…Il faut ensuite s’asseoir sur le minuscule matelas gonflable…qui représente la deuxième douleur matinale...C’est ainsi que commencent mes journées lorsque je fais le suivi des boules de poils noires, c’est-à-dire environ un jour sur deux.
> Depuis quelques jours, je note qu’un phénomène nouveau accompagne mes gestes mécaniques dès que l’alarme de mon réveil me signale le début des douleurs. Alors que je m’extirpe hors de ma tente, veillant à limiter le bruit afin de ne pas réveiller ceux qui ont la chance de dormir jusqu’au matin, et que je m’astreint à ne pas imaginer blottis dans leurs draps, je me mets à rêver de mon retour en France. Je me fais sourire toute seule tout en me brossant les dents devant la photo de mes neveux. Lorsque par exemple, je pose en silence mon savon sur ma petite table de petits rondins de bois qui menace de s’écrouler à tous moments, je me surprends à vouloir errer dans les allées fléchées d’Ikea, à revoir pour la millième fois le meuble ou sofa dont aucun français n’arrivera jamais à prononcer un jour le nom, à passer à toute vitesse le secteur « meuble de bureau et d’ordinateur », à rester des heures dans celui des salles de bain à la recherche du petit objet pas cher mais qui i
rait si bien dans mon intérieur et que je finirais par reposer de toutes façons car toujours trop cher et inutile. Finalement, je ressortirais avec de simples bougies dont là encore le nom restera imprononçable et que je nommerais tout simplement…bougie ! Toujours en silence et mon esprit toujours un peu à Ikea, j’enfile mes chaussettes et mon pantalon qui me crient de plus en plus chaque jour qu’il est grand temps que je rentre me refaire la petite garde robe du parfait petit bénévole travaillant en forêt tropicale humide. Mes chaussettes deviennent une à une des mitaines pour pieds. Les villageois ont fait un miracle en matière de couture sur mes chaussures mais elles craquent de nouveau ailleurs. Je n’ai plus qu’un seul pantalon de forêt qui ne possède pas encore de pièces aux fesses ou à l’entre jambe ! Les autres sont devenus de véritables patchworks ! Toujours dans le plus grand des silences, je prends mon petit déjeuner à la lueur d’une bougie. Mon petit déjeuner se co
mpose de céréales Quaker mélangées dans du lait en poudre et dans lesquelles j’ajoute deux bananes et une cuillère à soupe de sucre. C’est à ce moment que mon binôme de suivi de bonobos s’installe en face de moi, en silence. Pas un mot n’est prononcé. Personne ne s’en offusque. C’est un accord tacite qui s’est installé à ce sujet. A 3h00, personne n’a envie de dire bonjour à personne et encore moins d’entamer un débat ! Et lorsque parfois, l’autre viole littéralement cet accord en vous posant une question du genre « lait ?» (à 3h45 du matin, on économise ses mots…), le regard se fait tout de suite panique au premier son sortant de cette bouche. A ce moment-là, l’idée de devoir construire vous-même une phrase en guise de réponse vous parait impossible. Soulagement, ce n’est que ça ! Alors on peut trouver une parade à cet effort qui vous parait insurmontable en indiquant d’un geste du menton et en retroussant sa bouche comme pour mieux encore signifier le lieu dans la pénombre
ou se trouve l’objet de l’agression…Puis on replonge immédiatement notre tête dans notre assiette métallique et cette sorte de bouillie à avaler. Après avoir bu une tasse d’eau, munie de ma torche frontale, j’entame les cinq km minimum qui me séparent du lieu de nichage des bonobos. Cela représente minimum une heure de marche. Une heure, c’est long. Parfois, les bonobos se trouvent à 8km ! Alors là, c’est vraiment long et ça vous détruit le moral avant d’entamer le parcours. J’ai déterminé ma limite à 9km.. Au-delà, je n’irais pas. Tout le monde le sait. Bon, depuis que je suis ici, les bonobos se sont limités à cette limite également. Cette marche, quelque soit la distance, vous laisse le temps de finir votre nuit et de penser ! On pense beaucoup lorsqu’on doit marcher seule comme un robot dans la nuit noire pendant une heure. Toutes les trente secondes, je retire les toiles tissées sur le chemin par des araignées imprudentes ou ignorantes du manège qui s’opère chaque matin
. C’est que le lieu est fréquenté Mesdames ! Et je pense, je pense tout en marchant sur mon petit chemin envahi de racines, de troncs, de colonie de fourmis Bafoumba (équivalent des magnans)…Aaahhh, revoir une bien belle et large autoroute avec un énorme bouchon au péage, plein de voiture de toutes les couleurs qui attendent!!!! Revoir ces énormes panneaux bleus qui vous indiquent Aix en Provence, Toulon, Nice…la Drôme, la sortie de Loriol et son goudron impeccable…des noms qui prennent désormais des airs de paradis exotiques…
> Ainsi sont donc devenues certaines matinées depuis quelques temps, des matins qui sont le signe pour moi qu’il est temps de rentrer en France en 2008 afin de recharger mes batteries, la fatigue s’est accumulée…
> Mais il est également des matins qui vous font oublier en moins d’un quart de seconde les autoroutes, les trous dans mes chaussettes, Tshirt et pantalon, les noms ou il y a toujours des lettres « O/' » et dont on ne saura jamais la prononciation, ma bouillie à la banane et le gars qui a osé me demander ou se trouvait le lait sachant que dans ce camp on peut avoir accès à tous (tente, toilette, nourriture, douche, laboratoire, réserve juste en tendant le bras vu l’exiguïté des lieux), on oublie également la sortie Loriol que personne ne connaît de toutes façons à part ma famille, au diable les autoroutes et tout le reste ! Car il est des matins fantastiques ou Madame Afrique doit voir ma petite baisse d’énergie et m’offre alors un beau cadeau pour me redonner de l’élan afin de tenir encore les cinq mois restant dans cette mémorable mission !
> Le 20 janvier dernier, je me trouvais donc en forêt avec mon binôme du jour qui était Andrew, le britannique. Cette matinée avait déjà assez bien commencé puisque à seulement 8h, nous étions déjà arrivés à récolter les urines des deux femelles qui intéressaient Andrew. Il a travaillé tout le mois de janvier sur les difficultés à mettre en évidences pour récolter les urines « quotidiennes » d’individus choisis pendant une longue période pouvant s’étaler sur une année. Nous avons donc passé tout ce dernier mois à essayer ce challenge tout en notant les difficultés et les orientations à choisir afin d’établir un protocole pour maximiser le taux de réussite d’une telle opération. Ce fut très intéressant et les difficultés n’ont pas manqué (pluie, absence de l’individu, canopée trop dense….) En tous cas, bonne chance à l’assistant dont se munira Andrew à son retour d’Europe dans 6 mois afin d’entamer cette récolte ! Ce ne sera pas simple du tout…Bref, à 9h20 précisément, le gro
upe de bonobos que nous suivions répond à une lointaine vocalisation et s’échappe à toute vitesse dans cette direction. Andrew et moi, nettement moins à l’aise qu’eux pour courir dans la forêt arrivons tout de même à les retrouver quelques minutes après, curieux de comprendre ce qui avait bien pu leur passer par la tête. On arrive près d’eux. Rien. Grand silence. Ils sont assis au sol. Nous les observons. Ils nous observent. Toujours grand silence. Puis, soudain, on entend tout près de nous le cri d’un petit céphalophe et en moins d’une seconde, une femelle bonobo se rue sur l’animal et l’emporte avec elle. A partir de là : grand « bordel » ! Tous les bonobos se mirent à vocaliser très fort. Les cris aigus étaient si nombreux et si forts que s’en était presque assourdissant. A cela s’ajoute l’embrouille générale autour de ce petit céphalophe. Tous les individus se déplaçaient avec frénésie. L’excitation était à son comble pour tous les bonobos de la communauté. Andrew et moi
ne savions plus du tout ou se trouvait qui dans ce capharnaüm et ce bruit toujours incessant. Une femelle tenait le céphalophe très serré contre elle. Le céphalophe poussait de nombreux cris. Les autres femelles et les jeunes la suivaient de près. Alors, la femelle se déplaçait à nouveau afin d’échapper à la mendicité dérangeante des autres. Les mâles quant à eux, couraient dans tous les sens furieux d’être mis à l’écart de ce précieux butin. Ils coupaient de grosses branches fournies en feuilles et les traînaient derrière eux sur plusieurs mètres en geste d’intimidation afin de manifester leur colère. Andrew et moi courions après tout ça dans un désordre absolu mais super excités car conscients que nous assistions là à une scène peu commune ! Moi, je ne sors jamais sans mon appareil photo ! Et voilà pourquoi ! Bon, mais en même temps, je n’ai pas fait un excellent film ou même de bonnes photos sur ce coup. Le lieu ou les bonobos ont enfin daigné passer au repas était un espa
ce très fermé, dense et couvert. Le film n’est donc pas de bonne qualité. Mais en revanche on entend bien tous ces cris, tout ce bruit et aussi malheureusement les pauvres plaintes de ce petit céphalophe. L’agonie de ce pauvre animal aura duré 50 minutes !!! Une horreur pour moi, frisant l’insupportable ! Alors, je vous entends d’ici dire « mais c’est la nature… » et patati et patata…Il n’en reste pas moins qu’au bout de 50 minutes à entendre cette minuscule antilope souffrir et le crier si fort, je devenais perturbée et souhaitais de toutes mes forces que ces bonobos trouvent enfin un accord sur le lieu du déjeuner et entament le repas. Ils le firent donc au bout de 50 minutes. C’était également extrêmement intéressant d’observer cette scène. Seules les femelles ainsi que les jeunes avaient accès à ce repas de protéine! Les mâles étaient clairement tenus en marge. La plupart étaient donc résignés semblant comprendre que toute insistance serait inutile. Mais leur regard en d
isait long sur l’envie qu’ils avaient de participer au festin. Ils me faisaient de la peine. Certain d’entre eux essayaient à nouveau de temps à autre le coup de la branche qu’ils font traîner bruyamment en guise d’intimidation. Un flop total ! D’autres tentaient l’approche « petit à petit mais sûrement, ayons l’air de rien » mais se faisaient exclure avec une certaine efficacité et sans manière, ayant franchis le périmètre du déraisonnable !
> Dans cette histoire, tout le monde avait un rôle. Le céphalophe dans celui de la victime, les bonobos en chasseurs, Andrew en chercheur observateur et super super super content d’assister à ça à peine une semaine avant son retour en Europe…et il y avait moi, médiocre cameraman au résultat qui ne mérite aucun prix, assistante de terrain super super super contente d’assister à cette scène et ayant aussi le rôle de « charognard » !!!! Ben ouais ! A chaque fois que les bonobos déplaçaient la dépouille entamée quelques mètres plus loin, je devais aller tenter de récupérer les restes (sang, morceaux d’os, tissu, poils…) et les mettre dans l’alcool. Vous imaginez un peu, moi la végétarienne, devant faire ce genre de tâche !!! Ca va en faire rire plus d’un ! Moi, ça m’a fait beaucoup rire en tout cas ! Mais le travail, c’est le travail ! Alors j’ai fais cette petite collecte. Bon, j’ai pu ainsi constater que les bonobos mangent TOUT ! Ils ne laissent rien tomber. Andrew et moi nou
s sommes régalés à observer cette scène du début à la fin. Nous étions véritablement des privilégiés ce matin-là. Lorsqu’ils achevèrent leur repas et après avoir échangé nos impressions sur notamment le constat qu’une telle scène illustre parfaitement le mode matriarcal autour duquel s’organise la structure social des bonobos, sur la comparaison qui pouvait être faite avec une scène semblable mais avec des chimpanzés etc…, tout le monde s’est étendu au sol y compris nous. La chaleur, la joie, le stress et tout le reste nous réduisant à cet état au bout de ces deux excellentes heures. Les jeunes bonobos jouaient ensemble et partageaient de bonnes parties de « rigolades », les femelles, repues, étaient avachies et partageaient pour certaines d’entre elles de tranquilles séances de « groom », comprenez « épouillage ». Les mâles, peu rancunier, prenaient part également à ces séances. Quelques mâles avaient tout de même réussi à avoir une médiocre part du butin…Bref, la paix et l
a tranquillité étaient enfin revenues parmi nous tous. Andrew et moi étions allongés au sol à côté de toutes ces peluches. La chaleur commençait à être pesante. Nous étions chacun de notre côté, perdus dans nos pensées suite à cette fabuleuse matinée tout en goûtant silencieusement au plaisir de les voir tous si calmes et sereins. Quand…tout d’un coup…à peine après quelques minutes de repos…nous entendons les mêmes cris d’un céphalophe attrapé de nouveau par un bonobo un peu plus loin ! On aurait dit un gag ! Andrew et moi ont s’est relevé en un quart de seconde partagés entre incrédulité, joie et fatigue d’avoir à se relever si tôt !!!! Toute la première scène s’est jouée à nouveau devant nous pour la deuxième fois en moins de trois heures ! Mais cette fois, le petit céphalophe ne gémit pas trop longtemps et ses souffrances furent vite abrégées. Nous étions dans un espace plus ouvert et la vue était assez imprenable si j’ose dire. Alors, nous nous sommes allongés de nouvea
u à seulement quelques mètres d’eux, totalement absorbés par le mode de partage de la viande de la jeune proie. Cette fois-ci, les mâles étaient de plus en plus agacés par le fait d’être de nouveau tenu à l’écart. La frustration les poussait cette fois à de plus nombreux displays (toujours avec les branches qu’ils font traîner). Ils devenaient de plus en plus audacieux…mais un bonobo reste un bonobo et les conflits ne vont pas très loin…Les mâles se résignent et préfèrent recourir à la mendicité. Donc, même scénario, les mâles ont eu de nouveau très très peu. Seuls les femelles et les jeunes se sont partagés la dépouille. Les bonobos ne sont pas des primates violents. Ce sont, comme je les ai surnommé, les « gentils » de la forêt. En tous cas, jusqu’à aujourd’hui, aucun acte de violence n’a jamais été encore rapporté ou observé comme il peut en exister par exemple au sein des communautés de chimpanzés. Mais on peut aussi tout à fait s’accorder sur le fait que le bonobo, à l’é
tat sauvage, n’est observé que depuis peu en comparaison aux nombreuses études réalisées sur les chimpanzés. Bon, mais à les observer depuis bientôt 5 mois, avec les bébés et entre eux, mâles ou femelles, je les apparenterais plus au monde merveilleux des Bisounours qu’à celui de leur cousin troglodytes… !
> Ce matin-là donc, nous sommes rentrés au camp avec notre carnet de notes de terrain respectif bien rempli, nos sacs à dos fournis en échantillons morbides, un sourire béat inaltérable sur nos visages et la culpabilité d’annoncer ça aux « autres »…Notre chance était vraiment insolente…non pas une, mais deux chasses, coup sur coup !!!! Inimaginable ! Nous pensons qu’il devait s’agir de bébés céphalophes laissés « à l’abri » par leur mère…tragique erreur…
>
> Mais il y a encore bien plus insolent dans tout ceci ! La scène que je viens de vous décrire s’est passée le 20 janvier. Le 26 janvier, soit seulement 6 jours après, j’ai eu la troisième opportunité d’assister à une nouvelle chasse !!!Voui voui…j’ai limite honte…de tant de « bénédiction sur ma tête » comme ils me disent ici…J’étais avec cette fois Martin, le suisse. Il n’en revenait pas. C’était encore une fois le même scénario. Mais, cette fois-ci, le lieu et la luminosité se prêtaient nettement mieux pour filmer. J’ai pu ainsi capturer une scène extraordinaire de quelques minutes où l’on voit très nettement une femelle adulte tenir bien serré contre elle la moitié d’un jeune céphalophe, en manger quelques morceaux, complètement harcelée par une autre femelle, un jeune sub-adulte et un mâle ! Je pense, qu’à ce jour, il ne doit pas exister de nombreux films avec une pareille scène concernant des bonobos sauvages !!! Je crois que l’Institut sera content de mon cadeau ! Le
petit « hic » est que j’ai passé ma caméra à Martin, plus grand que moi pour qu’il fasse une meilleure prise. Martin a eu l’idée « butée » de tourner mon appareil photo pour faire un autre « effet » ! Du coup, le film est lui aussi penché !!! C’est un sacré effet ! Pour le voir correctement, il faut donc pencher mon ordinateur ! C’est malin ! Je pense que MPI aura des techniciens qui arriveront à résoudre le problème en faisant un montage spécial. Le plus rigolo dans tout ça est que Barbara Fruth vient de nous annoncer qu’elle allait arriver d’ici la fin de février avec une équipe de tournage de la télévision allemande pour une semaine. Elle espère que les bonobos feront des actions intéressantes…Ils se sont trompés de semaine à priori…
> Enfin, ça m’a fait du bien tout ça en tous cas. Merci Madame Afrique.
>
> A par cela, je vais entamer d’ici très peu de jour, mon cinquième mois. Je poursuis mon travail de collecte de donnée concernant l’alimentation des bonobos. Je suis en charge de dresser à la suite de ces collectes un tableau le plus précis possible. Je fais également les analyses sur certains fruits et plantes afin de déterminer si il y présence ou non de cyanure et/ou d’alcaloïdes. Je poursuis également l’herbier dès que j’ai l’occasion de trouver un échantillon correct à herboriser. Concrètement, cela signifie que je sors en forêt un jour sur deux à récolter derrière les bonobos tout ce qu’ils daignent me laisser comme indices. Le lendemain, je reste au camp afin de procéder aux analyses chimiques dans le laboratoire et entrer mes données. Je prends désormais une journée hebdomadaire de repos. Et je remplace l’administratrice également lors de sa journée de repos. J’ai donc trouvé un bon équilibre dans les tâches que je dois réaliser en évitant de trop stresser. Ce qui s
’est passé en novembre et décembre m’a servi de leçon. Aujourd’hui, je me suis installée un programme plus serein qui me permettra de tenir jusqu’à la fin de ce contrat.
>
> L’avion qui nous ravitaille est venu le 29 janvier dernier. Il a repris avec lui Andrew le britannique qui venait de faire dix mois, Cynthia la hongroise (4 mois) et Jos, le danois (1 mois et demi). J’ai donc dit au revoir à Andrew. Après ce qui nous était arrivés fin novembre dernier (voir la page 378 de mon roman…), nos relations ont été plus distantes mais conservant néanmoins un caractère courtois et respectueux. Je pense qu’Andrew s’en voulait terriblement de sa réaction mais qu’il ne pouvait pas me présenter une seconde fois des excuses. Nous avons donc conclu un accord de paix tacite et surtout un pacte de non-agression verbale. En même temps, nous étions les seuls à avoir eu une réelle expérience avec les bonobos ET les chimpanzés. Nous tombions souvent d’accord sur beaucoup de sujets liés à la conservation in situ. Nos observations étaient souvent similaires sur le terrain avec les bonobos. Et je sais qu’il appréciait mon « efficacité » dans l’aide que je lui appo
rtais les dernières semaines lors de la récolte des échantillons d’urines pour son protocole. Il a souvent fait des compliments sur mon travail (aux autres) que ce soit en tant qu’administratrice ou ensuite, sur le terrain avec les bonobos. Bref, Andrew est parti ! Il aura réussi le tour de force en tous cas de me manquer les premiers jours, surtout son travail. Comme je l’avais déjà écrit plusieurs fois (page 277, page 472!!!), c’est un excellent chercheur qui m’a beaucoup impressionné en toute objectivité. Et puis, on peut dire ce qu’on veut, un gars de presque 40 ans qui vomit du sang en pleurant et donc vous tenez la tête entre vos mains dans une chaleur insupportable…ça vous marque un peu tout de même, ça crée une sorte de lien silencieux et c’est ce qui s’est produit entre lui et moi.
> Voilà, il ne reste à présent, plus que moi de l’équipe de mon arrivée. J’ai vu partir tout le monde petit à petit. Aujourd’hui, au camp, nous ne sommes plus que trois « expatriés ». Martin, le suisse qui prépare un PHD sur les hormones mâles des bonobos et il y a Heidi la jeune canadienne qui a le rôle d’administratrice. En théorie, je serais la prochaine qui devrait partir…si tout va bien. Nous allons recevoir des arrivants mais je serais la prochaine sortante. Ce devrait être en juillet. Il faut que je tienne jusque là. C’est vraiment un pari car il faut comprendre que l’exiguïté et l’extrême isolement des lieux font de cette mission un véritable jeu de massacre dans votre moral. On passe tous par des étapes trop bizarres…et je vois vraiment pourquoi peu de personne totalise finalement les neuf mois et surtout pourquoi Gottfried et Barbara refusent de faire des contrats plus longs que cette période. Cette expérience restera de loin, la plus éprouvante mais la plus curieu
se également ! Mais, je tiens encore le coup même si ce n’est pas le cas de mes chaussettes et culottes…j’ai un secret…je me brosse les dents chaque matin devant les cadres de mes neveux qui décorent la « terrasse » de ma tente ! Et puis, j’ai les bonobos qui m’offrent de petits privilèges (voir page 612, 689…) Et puis, dans l’avion qui nous a « largué » le ravitaillement, parmi tous les cartons réceptionnés, j’avais un carton à mon prénom dans lequel j’ai découvert de supers remontants : un énorme fromage du Kivu, deux boites de vache qui rit, onze tablettes de chocolat, deux canettes de coca et le magazine dernière impression de Jeunes Afrique ! Mon Nono de Kinshasa ne m’avait pas oublié ! Hourra ! Quel bonheur de mordre dans ce délicieux fromage de la si triste et tragique région du Kivu. Un pur moment de bonheur, celui qui vous fait fermer les yeux pendant des minutes qui vous paraissent être une éternité car vous font oublier tout ce qui n’est pas ce fromage ! Je ne vous
parle même pas du chocolat. Bon, je dois reconnaître en toute objectivité qu’il est médiocre et qu’un suisse le recracherait…mais ici, tout est différent et personne n’aurait l’idée de le refuser, pas même Martin le suisse ! Il devient l’objet de toutes les convoitises (le chocolat !), l’objet à protéger sous double cadenas, l’objet auquel on pense alors qu’on est en forêt sous l’énorme arbre ou se trouvent les bonobos depuis des heures à ne rien faire d’intéressant alors qu’il fait 33°…on presse un peu plus vite le pas du retour afin de vite retrouver notre nouvelle meilleure amie du campement : la boite en plastique ou se trouve fromage du Kivu, vache qui rit et tablette de chocolat ! Lorsque l’on sort cette boite du bidon étanche, c’est comme si nous sortions le Saint Graal (pas celui que tu crois Mix !) avec des précautions exagérées ! C’est tout juste si nous ne retenons pas notre respiration jusqu’à ce que la boite atteigne la table…c’est l’effet Lui Kotal après presqu
e cinq mois…Merci mille fois à Nono qui a su réunir dans ce carton tous les symboles de notre rencontre !
>
> Cynthia et Andrew sont donc partis avec sur le corps de multiples ulcères tropicaux. Je vous en avais parlé aussi dans mes mails (page 256, 123). Je croise vraiment les doigts car pour le moment je semble échapper à cette immonde et douloureuse règle. Les seuls boutons que j’ai en ce moment sont certainement dus à la subite quantité importante de chocolat absorbée ces tous derniers jour (faut pas que ça fonde…). To katala ! (« Nous verrons ! » en Lingala).
>
> Depuis plus d’une semaine, nous n’avons plus de pluie et la température augmente encore. Depuis trois jours, les nuits sont difficilement chaudes et moites. S’engouffrer dans sa tente devient une épreuve. Si j’avais un hamac avec moustiquaire, j’en ferais ma nouvelle résidence et j’irais dormir dans la forêt! Il fait une moyenne de 33° à l’ombre et en forêt, l’air est encore plus étouffant la journée!
>
> J’ai approximativement un milliard de lettres en retard à répondre. Pardon aux personnes concernées. Si cela continu, j’ai calculé que j’arriverais à écrire ma dernière réponse aux mails reçus vers le 13 octobre 2012 aux alentours de 17H48 ! Manque de temps et aussi, très souvent, d’électricité pour charger ma batterie d’ordinateur…Mais je pense à tout le monde et je vais tacher de finir avant le 13 octobre 2012…promis…
>
> Gilles, tu dois m’envoyer par Barbara Fruth, une vidéo et des photos de Chacha avec un quotidien daté sous sa petite tête pour me prouver qu’elle est toujours en vie !
>
> Un bisou tout doux et plein de tendresse pour la petite Carla et le petit Mathieu…Bienvenue !
>
> Je dois à présent vous laisser car six pages, c’est pas mal et aussi car le Saint Graal m’appelle…je crois que j’ai encore du chocolat séché sur mes commissures des lèvres depuis 5 jours…
>
> Je vous embrasse bien fort.
>
> Barbara / Babs

le roman!!!

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
Bonjour à tous,

Lors de mon dernier mail je vous relatais tous les tracas que nous avions eu et que tout allait rentrer dans l’ordre assez rapidement. Et bien je me trompais lourdement. Tout a empiré en fait au lendemain du mail et je viens de passer le mois de novembre le plus exécrable qui soit je pense !
Heureusement, depuis maintenant quatre jours, tout va cette fois vraiment mieux. Je fais mon job d’administratrice très tranquillement sans stress, sans imprévus. Je me repose et j’ai même le temps d’entamer cette lettre qui va être longue, très longue…tant pis pour vous...

L’histoire du vol…
Dans la nuit du 08 au 09 novembre, un jeune garçon est venu nous voler. Il s’est introduit dans notre dépôt (jamais fermé, même pas avec une porte…) et nous a pris un petit bidon étanche dans lequel se trouvaient quelques affaires personnelles de l’équipe des chercheurs comme des appareils photos, téléphone portable, lecteur MP3…
Nous nous sommes aperçus du larcin à 4H du matin lorsqu’une des bénévoles s’apprêtait à entrer en forêt avec son appareil photo ! J’ai réveillé tout le monde car ceci était une affaire grave. C’est la première fois que cela arrivait. Il faut vraiment comprendre que nous sommes isolés et très très loin de tout. Nous sommes au cœur de la forêt du parc de la Salonga et nous ne sommes pas facile d’accès. Immédiatement, des traces de pas on été repéré et deux de nos gars sont partis à la recherche des malfrats dans la nuit. Trop long à expliquer en détail mais pour résumer, les voleurs sont passés près du campement de pêcheur dans lequel se trouvaient en fait deux des employés du projet en repos. Nos deux éléments ont immédiatement compris que quelque chose d’anormal avait du se produire pour voir deux personnes au petit matin sur le chemin qui ne peut mener qu’au campement. Ils les ont poursuivis toutes machettes dehors…Les voleurs ont laissé alors tomber leur butin dans la course et ont réussi à fuir. Notre fameux bidon, contenant tous nos trésors a alors été apporté directement au village de Lompole, celui qui se trouve super super super éloigné et qui m’avait tant fait souffrir (cf : premier mail !). Le bidon a été remis au représentant local du projet dans ce village. Cette personne est en fait la personne avec laquelle je suis en constante relation par courrier. Il est en charge de nous envoyer notre ravitaillement en fruit, légume, tubercule …deux fois par semaine par des porteurs. Il s’occupe également de m’envoyer la relève des rotations des travailleurs. Bref, lorsqu’on a su que notre bidon se trouvait au village, on a tout de suite su que ce n’était pas du tout un bon signe….et nous avions raison….Mara, c’est le nom de ce fameux coordinateur local a immédiatement entamer une procédure par rapport au vol. Il a porté plainte auprès du commissariat le plus proche, c’est-à-dire le village de Lokolama qui se trouve super loin !
Entre temps, nous avons pu identifier nos voleurs. Il s’agit d’un petit groupe de jeunes hooligans locaux dont la majorité ne sont même pas encore majeur ! Le « cerveau » se nomme « Mambo » (si si ! c’est pas une blague !). Il n’a pas encore sa majorité mais presque. Mais le plus important est de savoir que c’est un récidiviste. En septembre dernier, le projet subissait son premier vol depuis son installation. Lorsque l’avion est arrivé sur la piste d’Ipope, les porteurs ont entamé leur marche en direction du village de Lompole. A l’arrivée, ils se sont aperçus qu’une caisse avait été forcée et que c’était la caisse qui comprenait les salaires (le hasard !). Il s’agissait alors déjà de Mambo et de sa bande. Ne me demandez pas pourquoi il était toujours en liberté puisqu’il avait été alors clairement identifié…lien de famille avec le chef de secteur en charge de l’enquête plus le fait d’être dans une zone ou la loi ne fonctionne pas tout à fait comme elle devrait, une zone ou si vous offrez un poulet à un agent assermenté, cela l’aide grandement à fermer les yeux sur le reste y compris les crimes…tous ces éléments pourraient alors éclaircir nos interrogations…
Il n’empêche que là, l’affaire est grave car ce jeune n’attend pas deux mois pour récidiver et directement au camp cette fois !!!! Une procédure est donc entamée et une plainte déposée. Nous changeons bien évidement de commissaire. Mais voilà, le commandant lieutenant décide de prendre l’affaire très au sérieux et arrive à dégoter une mobylette plus chauffeur (j’ai reçu la note !) et arrive au village de Lompole avec cinq hommes armés. Nous sommes tenus informés via mes petites lettres avec Mara et ce qui devait arriver arriva ! Un matin, nous voyons débarquer deux de nos éléments au campement pour me convaincre de me rendre au village afin de m’entretenir avec le fameux commandant. Il désirait me voir en tant qu’administratrice du camp et pour faire une reconnaissance de nos objets volés / retrouvés. Je n’avais alors plus d’autre choix raisonnable que celui d’accepter de le rencontrer pour pouvoir ainsi récupérer absolument les objets avant qu’ils ne « disparaissent » pour des fins de procédures administratives….J’ai donc pris mes plus belles chaussures de marche (je n’en ai qu’une paire) mon short le plus propre ( je n’en ai qu’un), ma brosse à dent et une furieuse envie de pleurer à l’idée de me retaper ce maudit trajet dont je m’étais pourtant promis de ne reprendre que neuf mois plus tard, pour mon trajet de retour…Je suis donc partie escortée avec les deux éléments et mes biscuits. Rivière à traverser, marécages, ponts suspendus, boue…4 heures plus tard, j’arrivais enfin à Lompole, les mollets en bouillis mais si heureuse d’avoir fait ce parcours en seulement quatre heures contre cinq lors de ma première venue !
Après deux mois de total isolement, lorsque je suis arrivée au village de Lompole, j’ai eu l’impression de pénétrer dans New York ! Mais pourtant Lompole est minuscule et il y a plus de poules que d’habitants…Je suis donc arrivée au village. J’ai été accueillie comme une star. C’était tout simplement incroyable. J’ai vécu 24H extraordinaires, EXTRAORDINAIRES !
Dès mon arrivée j’ai souhaité en finir avec la corvée de la déposition. J’ai donc eu l’entretien avec le fameux commandant. Finalement, cela s’est avéré être une bonne expérience. Mais avouons tout de même que cela se présentait mal dès le départ. On me fait entrer dans la pièce ou il se trouvait. Je le vois alors assis avec sa grosse matraque dans la main et, face à lui, de l’autre côté de la table, le jeune prisonnier menotté. C’était horrible. J’ai donc expliqué au commandant que je ne supportais pas ce genre de mesure d’intimidation et qu’il était hors de question que j’assiste à ceci. Il a été surpris mais a finalement accédé à ma demande. Le prisonnier retourna dans la pièce qui lui était attribué pour le garder. Je vous passe vraiment les détails…L’entretien fini, j’ai repris mon container avec les précieux objets. Nous avons alors plusieurs autres sujets comme notre future sécurité lorsque notre avion allait arriver en décembre pour nous ravitailler et apporter les salaires. Après plusieurs heures de « palabres » nécessaires, le commandant a alors souhaité vivement que je prenne des photos de lui, de son équipe et de son jeune prisonnier….C’est à ce moment que le début du grand n’importe quoi a alors commencé. Il est parti se changer et est revenu avec une tenue de défilé, sa matraque, son arme et une énorme paire de lunette de soleil qui lui couvrait tout son visage….c’était ridicule ! Je ne vous parle même pas des photos de son équipe ! J’étais définitivement rassurée quant à notre sécurité future sur notre site d’étude….définitivement…C’était un merveilleux moment de bonheur ! Ceux qui verront les photos comprendront ce que je veux dire ici. C’est à mourir de rire ! Le plus déroutant de tous ces instants fut lorsque je me suis aperçu que même le prisonnier semblait ravi de poser devant mon objectif et voulait voir le résultat à chaque prise…C’était comme une hallucination ! Une joyeuse cohue sur la « pelouse » s’est alors formée afin d’avoir « la chance » d’être photographiée. Le commandant est même allé revêtir une autre tenue encore une fois…Mais combien de tenue emporte-t-il donc dans son tout petit sac plastique ce commandant ??? Tout ceci m’a tout de même inquiété quant à la suite des évènements concernant l’arrestation de l’équipe Mambo. Je me suis alors dit que nous allions nous même prendre des précautions quant à notre protection et à celle des biens du camp plutôt que de compter sur l’efficacité de ce Commissaire Moulin aux mille et une tenues….
Le lendemain matin, à l’aube, je suis repartie avec mon container et un porteur pour le campement. Je suis arrivée cinq heures plus tard totalement épuisée !
En moins de 24H, j’avais parcouru plus de 50km, fait une déposition super stressante auprès d’un commandant, accepté de faire une très longue séance photo, j’en ai profité pour régler des « dossiers » en cours au village et qui concernent le projet, fait le tour obligatoire des « notables » du village afin de les saluer tous un par un (pouvais pas y échapper), me suis couchée à 20h, endormie aux alentour de 1H30 lorsque les policiers de garde du prisonnier ont daigné éteindre leur musique dont je pensais que le puissant volume allait faire exploser leur poste (je le souhaitais en tous cas très fortement..), me suis réveillée à 4H en constatant que le puissant volume n’avait vraiment pas cassé le poste remis en fonction à cette heure cruellement tôt…(inutile de vous décrire mon humeur ce matin là et le regard que j’ai du lancé aux policiers lorsqu’ils m’ont dit bonjour avec leur plus beau sourire alors que je sortais à peine ma tête aux yeux bouffis hors de ma tente… !) Bref, lorsque je suis enfin arrivée au campement, chez nous, dans le calme de la nature, j’ai pris une bonne douche et n’ai plus rien fait de la journée !
Le lendemain, nous avons entrepris quelques travaux d’urgence pour sécuriser un peu tout dans le campement en attendant mieux ! Une porte a été construite pour commencer et la anse d’un seau nous sert de verrou muni d’un cadenas. Ben ouais, peut pas faire mieux pour le moment ! Nos boites de sardines vides liées les unes aux autres par une ficelle, nous servent d’alarme pour les panneaux solaires. Nous avons également relié les panneaux les uns aux autres par des fils de fer. Nous avons posé des cadenas un peu partout également. Bon, je vous rassure tout de même car nous allons recevoir un matériel plus élaboré et sophistiqué que j’ai commandé (alarme, câble etc…) par l’avion du 13 décembre.

L’histoire du patient anglais…
Lorsque je suis revenue de mon séjour express au village de Lompole et après nos travaux de sécurisation du campement, tout semblait rentrer dans l’ordre. L’agitation et le stress des derniers jours laissaient la place au calme.
Un lundi matin, soit 3 jours plus tard seulement, je travaillais sur l’ordinateur avec Nono. Il faisait soleil. Les oiseaux étaient particulièrement gais ce jour ainsi que tout le monde. Super ! Vers 10H, nous voyons sortir Andrew de sa tente de façon précipitée pour venir vomir à mes pieds…du sang…et c’était reparti !!!! Andrew nous faisait à nouveau une crise incroyablement violente cette fois-ci et cela seulement trois semaines à peine après sa précédente crise. Il est parti se réfugier dans le laboratoire d’analyse en plein air qui se trouve un peu à l’écart. Il ne voulait pas que tout le monde voit ça, juste moi ! Trop d’honneur… ! Sa crise s’est alors transformée en véritable cauchemar. Je pensais qu’on ne pouvait voir cela que dans les films, vous savez, ceux ou l’on voit l’héroïne transpirer et pleurer pour sauver son amoureux sous le soleil brûlant d’une contrée au nom exotique... Et bien non ! Je me suis retrouvée dans la même situation mais avec le côté glamour en moins. Andrew n’est même pas mon amoureux et que je ne pleurais pas! Lui, il ressemble plus à Tintin physiquement qu’à Ralph Fienes et moi de plus en plus à Milou…Mais je transpirais, ça, c’est vrai ! Je me suis retrouvée seule avec lui qui nous faisait un bon 40,2° ! Il gisait au sol, la bouche dans la terre à vomir du sang. Il était pris également d’une diarrhée incontrôlable (Ca, c’est pour confirmer à nouveau que le côté glamour n’était vraiment pas là…il n’y a jamais ce passage dans les films…!!!!) Quand je vous dis que c’était un cauchemar, je n’exagère en rien ! Aujourd’hui je peux vous raconter tout ça avec un brin d’humour mais je vous assure que le jour-là, après le plus gros de sa crise, j’étais comme choquée. Il délirait, tremblait, pleurait. Il était pris de convulsions de façon très régulière et ne réussissait qu’à cracher ou vomir du sang. C’était super flippant. J’essayais de le maintenir au sol autant que je pouvais quand il avait ses spasmes mais c’était vraiment difficile. Et je voyais bien que ça le tordait et qu’il souffrait…Je n’avais jamais vu ça de ma vie. Moi-même, j’étais super flippée et je ne savais plus trop ou j’habitais à un moment ni ce que je « foutais » là à maintenir une personne comme ça sur le sol terreux avec les mouches qui grouillaient autour de nous deux. Personne ne venait au labo car tout le monde paniquait un peu et les congolais ne peuvent aller voir un homme « diminué » comme ça. Je lui ai donné du paracétamol en bonne quantité et aspergé d’eau froide pour diminuer sa fièvre. Lorsque ça crise a semblé passer deux longues heures plus tard, il pouvait enfin relever sa tête. Je n’avais jamais vu une personne aussi affaiblie au point de ne pouvoir même soulever sa tête pour boire un liquide. Il faut bien se rappeler que je ne suis absolument pas médecin et donc pas habituée à voir ce genre de chose! Bon, petit à petit, Il a récupéré quelques forces. Puis, j’ai pu l’aider à se laver et à se changer. Enfin, il a réussi à regagner sa tente pour s’écrouler à l’intérieur. Ensuite, j’ai appelé via satellite les responsables du projet en Allemagne pour envisager son évacuation car je pense qu’il n’a pas que la malaria. Je pense que malheureusement Andrew souffre d’autre chose. Mais c’est une personne très particulière et qui n’accepte pas de se voir quitter la mission pour le projet avant terme. Je savais donc qu’il allait être très difficile de lui faire entendre raison. Mais j’étais loin de m’imaginer que ça allait prendre cette tournure. Nono (super inquiet) et moi, étions tout à fait d’avis qu’il fallait l’évacuer pour qu’il aille se soigner en Europe. Dernièrement, il a accumulé trop de problèmes de santé. Cela fait neuf mois qu’il est ici. Jusqu’à présent, le couple directeur du projet a toujours refusé de faire des contrats de plus de neuf mois consécutifs sur le terrain. Ils savent combien les conditions sont éprouvantes et que neuf mois est la limite raisonnable. Pour Andrew, ils ont fait leur première exception. Et voilà le résultat. Il entame son dixième mois avec un corps qui lui signale un peu partout qu’il n’en peu plus et qu’il doit prendre du repos. Nous avons longuement discuté au téléphone avec les responsables et décidé d’agir en douceur pour le convaincre de rentrer. Le lendemain, il apprend que j’ai contacté les boss et a déchargé sur moi toute sa colère et certainement sa frustration. Ca a été vraiment difficile pour moi de serrer les poings et les dents devant sa réaction. Tout le monde l’a trouvé très injuste à mon encontre et lui ont rappelé que depuis un mois j’ai rassemblé toutes mes connaissances et mon expérience en matières de soins en milieu tropical pour lui car personne d’autre ne pouvait le faire, pas même les sorciers guérisseurs du secteur… ! Bref, il lui fallait un coupable et je me suis retrouvée sur sa ligne de mir. Il a shooté et j’ai été sérieusement blessée. Il faut aussi comprendre que nous sommes tous très fatigués depuis quelques semaines. Les évènements imprévus et le travail nous rendent fatigués. L’exiguïté des lieux et son extrême isolement nous fragilisent moralement. Nous devenons plus perméables à la moindre remarque…Alors devant ce déferlement d’injustice, je ne vous explique pas l’énorme baisse de moral que j’ai subi. J’ai du rassembler tout ce que je pouvais dans ma tête pour ne pas craquer. Cela a duré trois jours ou je luttais intérieurement pour me rappeler qu’il était plus important que je me concentre sur ce pourquoi j’étais là, ma petite contribution personnelle à la conservation de l’environnement, plutôt que sur les attaques paranoïaques d’un britannique qui voudrait peut-être me rappeler la défaite de Waterloo !...Puis, j’ai reçu un mail magique d’une personne qui a su trouver les justes mots et qui m’a redonné des forces mentales, les forces dont j’avais besoin. Après ces trois jours cauchemardesques, le britannique m’a présenté ces sincères excuses pour son comportement. Nous avons eu un long entretien sur les risques qu’il prenait en restant ici, sur le fait qu’il devait rentrer sur Londres et se faire examiner, sur les risques également qu’il nous faisait prendre à tous si une autre crise le prenait et qu’il faudrait alors songer à l’évacuer sur une civière faite en bois sur ce fameux long et accidenté chemin qui nous mène au village de Lompole. Après ce fameux entretien, le hasard a fait que nous avons appris qu’à titre exceptionnel, un avion arriverait en janvier au lieu de fin février. J’ai donc fini par accepter sa requête de rester jusqu’à cet avion qui se présente comme une sorte de compromis entre ma responsabilité de devoir l’évacuer et son désir de finir son job. Nous avons ainsi convenu de plusieurs conditions entendues également avec les responsables allemands. Il a accepté ces conditions (travail de seulement demi-journée, reprise de sorties en forêt qu’après total rétablissement…). Au pire des cas, je me suis dis qu’on pourrait l’évacuer en 48H sur Kinshasa avec son assurance si un tel évènement devait se reproduire. Nous avons beaucoup discuté lui, Nono et moi de tout cela. Aujourd’hui, Andrew fait profil bas. Il a honte de son comportement et il sait aussi qu’il est sur la sellette. Je le surveille du coin de l’œil car je sais qu’il me cachera ces premiers symptômes de fatigue…mais je commence à connaître désormais quand il va faire une crise ou pas. Il partira de façon sure par l’avion de janvier. Il n’a donc plus que 5 semaines à tenir, six tout au plus. Croisons les doigts d’ici là. C’est un chercheur sur terrain. Il faut vraiment lui reconnaître ça malgré son caractère epouvantable et injuste. Je ne garderai pas un bon souvenir de lui !
Moi, j’ai reconstitué mon capital moral mais j’avoue que c’est difficile surtout en cette période de fêtes. Alors je me concentre sur le fait que dans une semaine je donnerai le flambeau d’administratrice à la nouvelle venue et je pourrai ainsi retourner en forêt voir ces chers bonobos dont je ne me souviens même plus à quoi ils ressemblent. Je n’arrive plus à me remémorer cette odeur si particulière qu’ils dégagent et qui m’est si agréable. Les personnes qui ont déjà eu le bonheur de travailler avec les chimpanzés connaissent cette odeur. Et puis, il y a leurs petits cris vraiment propres à eux et qui ne ressemblent en rien à ceux de leurs congénères cette fois. Je vais également entamer une nouvelle page avec ce séjour puisque je vais reprendre la suite des analyses chimiques à faire suite au départ de Nono qui nous quitte par l’avion de décembre pour rentrer sur Kinshasa. Je suis formée pour faire ces analyses et préparer les réactifs. Si je ne fais pas exploser le laboratoire, ils auront de la chance je suppose. Je n’ai jamais fais ça, alors je ne vous explique pas comme je suis concentrée lors de ces explications….Ca va me changer, m’ajouter une corde supplémentaire à mon arc et c’est très bien. Je suis contente.

L’histoire du bûcheron congolais…
Depuis quelques semaines, nous savions que nous devions faire abattre un arbre énorme qui menaçait de tous nous aplatir comme une galette bretonne après sa chute. Il s’agit d’un Irvingia absolument gigantesque et magnifique. Ces contreforts sont impressionnants et font peut-être jusqu’à trois fois ma taille ! La tâche se révélait difficile et dangereuse pour les personnes qui allaient s’y atteler. Jusque là, tout le monde reportait pour de plus ou moins bonnes raisons cette mission délicate et franchement encombrante au niveau responsabilité. Mais dernièrement, la chute d’un « bébé » arbre en comparaison de celui-là sur le toit qui protégeait une tente et à un mètre de l’entrée de la mienne nous a fait prendre conscience qu’il fallait désormais s’occuper d’abattre le gros menaçant. On m’a alors conseillé un homme répondant au nom de « Vanty » et qui aurait l’habitude de se genre de tâche. Le bûcheron du coin, l’homme fort comme ils disent.
Vanty est venu. Vanty est un homme qui n’a pas le look du bûcheron comme on pourrait s’imaginer. Il est arrivé un après midi. Il venait de parcourir les 25 km qui nous séparent du village de Lompole. Vanty porte un long short dont il prend soin de nouer régulièrement la corde bien au dessus de la taille. Vanty porte un vieux Tshirt court qui nous permet de constater que la cordelette de son long short est bien fixée. Vanty porte une paire de tong. Vanty est grand (les congolais de ce coin sont petits !). Vanty a une grosse moustache. Vanty ne gaspille pas ses mots, il parle peu. Vanty ne sourit jamais ou presque. Vanty a une hache dans une main et une machette dans l’autre, un mini sac à dos dans son dos…
Vanty est arrivé pour voir l’arbre. Moi, je le suivais en trottinant derrière lui. Vanty est timide et ne parle pas très bien le français mais j’ai bien compris les quelques phrases dont il m’a gratifié : « Je vais revenir. Je serais seul. Personne autour de moi dans le périmètre. Deux journées : un jour pour construire une petite plateforme, un jour pour couper l’arbre. Il faudra que je mange bien et il me faudra des cigarettes. L’arbre tombera dans cette direction (qu’il me montre avec la tête de la hache au bout de son bras !). Personne ne sera blessé. » Puis il est reparti alors que j’avais à peine fini de prononcer un « voui » légèrement intimidée. J’avais envie de lui poser bien évidemment un milliard de question légitime en tant qu’administratrice et européenne qui n’a pas l’habitude de voir un monsieur abattre un arbre en tong qui est un des plus imposant qui m’ait été donné de voir dans ma vie ! Mais une petite voix intérieure m’a incité à ne pas trop causer, voire contrarier l’homme à la hache.
Le 30 novembre, Vanty arriva de nouveau au camp pour effectuer la mission. Même chose que lorsque je l’avais vu la première fois, tong, short, cordelette, micro Tshirt, ventre bedonnant, moustache, hache, machette et petit sac à dos ! Rien ne manquait, tout était là. Mais pourquoi quand je suis face à Vanty, j’ai l’impression de ne pas être plus haute que la hauteur de la semelle de ses tongs ? Cette fois Vanty est arrivé avec Papa Equateur. Vous vous souvenez ? C’est le monsieur à l’arc qui dit plein de trucs aux esprits et notamment à ceux de la pluie ! Et bien là, il fallait respecter le protocole de rigueur dans le coin lorsqu’on abat un arbre de cette envergure, faut bien parler aux esprits de la forêt pour pas qu’à la fin du travail il y ait un « oups ! » qui pourrait alors s’avérer dramatique. Pendant donc le premier jour, Vanty et Papa Equateur se sont engouffré dans la forêt au pied de l’Irvingia. L’un travaillait comme un dingue pour construire une plateforme qui allait lui permettre de couper l’arbre au dessus des gigantesques contreforts. L’autre, muni de son éternelle machette, entamait alors un dialogue et des chants avec les esprits du coin. Moi, j’avais qu’une envie, c’était de croire à ces fameux esprits et qu’ils fassent leur job de nous protéger nous et Vanty. Je n’avais pas trop envie qu’une catastrophe de plus s’ajoute pour cette période. Mon job a moi était de débrancher tous les panneaux solaires et objet de communication en cas de problème pour garder le contact avec l’extérieur. A la fin de la première journée, j’ai obtenu l’accord de Vanty pour pouvoir aller voir les travaux qu’il avait effectué et prendre des photos. Lorsque j’ai vu la hauteur de la plateforme, j’ai pris une crise de fou rire nerveuse. Le plan : Vanty monte sur la plateforme qui est super haute, il coupe à la hache le tronc et lorsque celui commence à basculer, Vanty saute à terre dans la direction opposée. C’était de la folie ! Le lendemain matin, les premiers coups de hache ont retenti à 4H55 ! Nous avons tous déménagé nos tentes à l’opposé au cas ou…à 8H, l’arbre tombait là ou Vanty avait dit qu’il tomberait. J’ai filmé la chute de l’arbre. Lorsqu’il est tombé à terre, nous avons tous retenu notre souffle puis hurlé de joie devant la totale réussite de la mission. Vanty est ressorti de l’endroit avec ses tongs, son long short, son Tshirt court, sa moustache, sa hache…mais il avait cette fois trois petits quelques choses en plus…de la sueur…un petit sourire en coin et des yeux pétillants…Depuis ce jour, Vanty est devenu comme un demi dieu à mes yeux. Il a tout mon respect. Il m’a impressionné. Et puis aussi, depuis cet épisode, Vanty et moi sommes devenus amis. Il m’aime bien puisqu’il lui ai déjà arrivé de me dire plus de 3 phrases dans une journée ! Lors de notre dernière rencontre, il m’a même fait de l’humour !!!! Bon, c’était très légé comme humour mais c’était incroyable aux yeux de tout le monde…

L’histoire du départ de mon ami Nono…
Demain je me rends à nouveau au village de Lompole pour la troisième fois en un peu plus de deux mois. Demain je dois me rendre là-bas car j’accompagne l’équipe qui quitte la RDC et je vais accueillir la nouvelle équipe comprenant notamment la nouvelle administratrice. Il y aura aussi une personne qui étudiera les bonobos et qui était déjà venu ici. Nous aurons également un homme qui vient juste pour étudier les amphibiens pour un mois. Il a affrété à ces frais lui-même le prochain avion qui viendra en janvier.
Demain je vais surtout dire adieu à mon ami d’ici : Nono. Nono est une personne dont on est heureuse d’avoir fait cette rencontre dans sa vie. C’est un ingénieur agronome et qui prépare un PHD (doctorat) en gestion de l’environnement. Il est congolais. Il travaille depuis de nombreuses années pour MPI. C’est une personne qui m’a énormément aidé ici et soutenu dans les moments difficiles. Son aide m’a été très précieuse au travers de sa connaissance du terrain et du milieu au niveau de la population du secteur. J’ai eu beaucoup de chance. C’est la partie analyse chimique de son travail que je vais reprendre en théorie. Il m’a ainsi formé. Je crois que le professeur part satisfait de son élève. Hier, j’ai réussi à préparer seule mes produits réactifs mais je nous ai un peu intoxiqué bien que nous étions en plein aire et malgré nos masques car j’ai été un peu trop lente avec notamment l’Acide Nitrite…Ferais mieux la prochaine fois…Aujourd’hui j’ai procédé également seule à mes premières analyses et j’ai trouvé le même résultat que lui ! Youpi !
Nono rentre sur Kinshasa après quatre mois d’excellent travail. C’est une personne au grand cœur avec qui je ne partageais pas tous les avis et notamment pas en politique mais dont je me souviendrais de la gentillesse tout comme je me souviens encore de celles de mes amis de Pointe Noire, Véronique et Robert…Je me souviendrais de Nono nos grandes conversation le soir auprès du feu. C’est un de mes moments préférés de la journée. Je décompresse alors…C’était aussi mon voisin de tente (bon, vu l’exiguïté des lieux, nous le sommes un peu tous ici !) Aujourd’hui, il m’a devancé sur le trajet de Lompole. Son emplacement est vide et ça me fait un petit quelque chose. Nous rigolions beaucoup ensemble et il avait un des rires les plus vilains et retentissant qui soient ! Ce soir je serais sans lui auprès du feu mais j’écouterais tout de même le poste pour écouter les informations. Je serais avec tous les autres membres de l’équipe des travailleurs et nous écouterons ensemble RFI ou la BBC ou radio Okapi…La radio est très importante ici. C’est notre lien quotidien avec l’extérieur et j’ai maintenant pris cette habitude de l’écouter le matin et le soir avec les « gars ». Bon, en plus, vous devez savoir que depuis quelques jours Kabila a lancé une attaque armée afin de déloger et d’en finir avec le rebelle Laurent Kounda dans le Kivu. Pas d’inquiétude pour nous car nous sommes loin de cette zone mais ce qu’il se passe là-bas est vraiment effrayant depuis tant d’année et cela se poursuit encore et encore…un sujet complexe et une source de gentils désaccords entre mon ami Nono et moi surtout au petit déjeuner…
En ce moment Nono souffre car il n’a pas encore achevé cette longue marche qui le relie à Lompole…Demain, ce sera mon tour….
Je resterai probablement trois jours sur place. Je vais devoir en fait régler tous les salaires en retard du fait du vol de l’argent. Nous attendions l’avion pour avoir les liquidités. Je serais escorté de deux policiers lors du règlement des salaires et cela va certainement me prendre une journée entière…Je vais devoir aussi régler les détails avec le pilote de l’avion pour sa prochaine arrivée en janvier. Puis, je ferais signe à tous lors du décollage et moi, je resterais sur la piste en me disant qu’il faudra que je fasse encore trois coucous comme celui-ci avant que ce soit à mon tour d’entrer dans l’avion…
Nono cherchait toujours ces fruits pour les analyser et les échantillonner et son plus grand ennemi à lui, le grand Nono était…un écureuil…Cet écureuil mangeait systématiquement tous les fruits mûrs d’une espèce qui se trouvait dans notre campement. Chaque jour, c’était la même lamentation que nous entendions du fond de son laboratoire…Nono était en compétition alimentaire avec un écureuil…Les souris étaient aussi ses ennemies car elles s’attaquaient régulièrement à son herbier…Le jour ou il sorti son piège à souris, je suis entrée en guerre contre lui…je ne vous dis pas le nombre de fois ou j’ai fait capoter ses plans….
Now Nono is gone….Bye-bye…

Histoire de finir…
J’en suis à six pages pour ce courrier…certains vont me maudire…Alors que rajouter d’autre si ce n’est que mon travail d’administratrice va bientôt s’achever et qu’il aura été très dense, c’est le moins que l’on puisse dire !
Depuis une dizaine de jours je me suis mis à l’apprentissage du Lingala. J’ai fais le deuil de mon Munukutuba…Je progresse bien en Lingala. J’ai conscience que connaître cette langue m’aidera énormément et pas seulement pour travailler dans le secteur mais aussi pour communiquer avec les gens. Tout le monde ne parle pas le français ici. Mais, il est certain que cela sera aussi un atout sérieux sur mon CV. En parlant de cela, il faut tout de même que je vous dise que MPI m’a écrit un courrier de félicitations pour mon travail et m’a proposé de m’employé en tant qu’administratrice « pour toujours » avec un « salaire motivant » et tout le reste…enfin, j’ai atteint mon objectif : trouver un emploi rémunéré dans la conservation et in situ…je vais refuser… ! Bon, il faut voir déjà jusqu’à la fin de cette mission. Il faut rester prudente. Mais il faut aussi avouer que cette mission est vraiment différente des autres et vraiment plus difficile. La plus grande difficulté est sans aucun doute le maintien du moral…Ca, s’est le plus difficile ! Les conditions sont aussi plus dures même si ça peut tout de même aller. Il faut juste se faire à l’idée que chaque matin, je dois expliquer aux insectes nocturnes qu’ils doivent arrêter de construire leur maison dans mes culottes…il faut aussi se faire à l’idée que nous sommes en panne de papier toilette depuis plus d’un mois et qu’il faut attendre l’éternel avion pour nous ravitailler et qu’en attendant…on défeuille un peu tout ce que l’on trouve autour du petit coin...que même lorsque nous sommes aux toilettes, les colobes nous observe sans gêne aucune ! Et je ne vous parle pas de la crispation qui se produit en moi a chaque fois que je laisse tomber mon savon sur le sol sableux pendant ma douche...Bon, il faut aussi avouer que tout ceci est parfois trop bon…mais de là à dormir toute une vie sous une tente…Bref, j’ai un autre plan qui est en train de surgir dans mon esprit et qui pourrait tout à fait combiner quelques séjours sur ce terrain de temps à autre…mais vous en dirait plus une autre fois…
En attendant je savoure tous les soirs le délicieux moment de détente que je m’offre avant d’aller dans mon nid….je m’installe tranquillement autour du feu dans le quartier des travailleurs. Ils discutent alors tout doucement avec moi. Puis, ils me filent une tasse de leur tisane horrible à boire mais dont curieusement je me suis habituée au goût. Il fait nuit noire. Nous restons alors silencieux. Nos regards ou nos réflexions se perdent dans la danse des flammes, comme hypnotisés…Puis, un chant africain s’élève de nulle part…il y a toujours un gars qui chante. Ce sont pour la plupart des chants religieux, doux à entendre…J’écoute...Je bois de petites gorgées brûlantes…D’autres personnes vont accompagner le chant. Les variations des voies sur ces chants mélancoliques provoque alors un sentiment de sérénité en moi et un léger sourire se dessine bien malgré moi sur mes lèvres…dans la nuit noire africaine…
Dans la nuit noire africaine, il y a toujours un chant…un chant africain…toujours…ici, on chante pour ne pas penser disent-ils…
Dans la nuit noire africaine, au bout d’un moment on jette discrètement son fond de tisane et on court à toute vitesse se coucher poursuivi par les moustiques qui viennent tout gâcher tous les soirs !!!!

Je vous laisse ici. Demain, une longue marche m’attend.
Merci à tous pour vos mails et notamment ceux de mon happy birthday !
Dave, tu as vraiment fait fort et cela me met une certaine pression pour le…25 janvier… !
Stéphanie, je viens de recevoir ton mail à l’instant. Tu m’as bien fait rire !
J’attends des nouvelles d’un certain petit bébé qui devrait bientôt naître en attendant celui prévu pour mars…
Besoin d’avoir des news de Madame Pik-pik svp !!!!
Dès que je rentre, j’enverrais les mails de circonstances pour les anniversaires immanquables de décembre !
J’ai fait passer par le retour de la directrice du projet en Europe un cd avec toutes les photos et les films. Cela va arriver chez Gilles et il enverra des doubles pour ma famille.
En cette fin d’année, c’est surtout à ma famille que je réserve la plus grosse pensée. Vous me manquez.
Félicitation à toi Papa pour maintenir la règle que nous nous sommes fixés !

Laissez-moi vous souhaiter à tous de merveilleuses fêtes de fin d’année. Tous mes vœux. Que vos rêves se réalisent…
Pour mon repas de fêtes, ce sera spaguettis à la tomate et peut-être du pain ! Chouette !

Joyeux noël et bonne année 2008 avec un peu d’avance…

Babs – Barbara


Ps : Oh là là…sept pages tout de même…

çà se corse!

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
Bonjour à tous,

Nous sommes le 07 novembre et voici donc un peu plus d’un mois que je
suis à Lui Kotal, quelque part dans une forêt…

Je poursuis cette nouvelle balade africaine qui n’en fini pas de
m’apporter son lot de surprise, de connaissance, de réflexion, de
bonheur, de frayeur…

Ces deux dernières semaines ont été chargées en changements imprévus,
émotions et travail. Plus que jamais il a fallut faire appel au mental
pour ne pas craquer dans cet environnement si magnifique mais si isolé
et parfois hostile, nous mettant tous à l’épreuve. Cette magnifique
grande dame Afrique rappelle régulièrement à tous ces enfants que les
trésors qu’elle nous présente ont un prix et que rien ne saurait être
facile sur son sol…

Commençons par du léger. Au camp, nous avons un pêcheur chargé de
pourvoir à la consommation de tous les membres du campement. Nous avons
en fait trois pêcheurs attitrés qui font chacun une rotation d’environ
deux mois. Depuis trois semaines, nous avons un de ces trois pêcheurs
qui s’est présenté pour remplacer celui qui nous ramenait des caïmans et
des canards morts. De ma vie, il ne me semble pas avoir déjà vu un homme
aussi vilain ! Il doit faire partie des hommes les plus affreux du
monde. Il est tout petit. Il est voûté. Ses yeux sont globuleux et lui
mangent presque la moitié de son petit visage. Il ne lui reste plus
beaucoup de dents et je suppose que même le meilleur dentiste au monde
serait découragé face à celles qui lui restent. Ses pieds, chaussés dans
des sandales en plastique rose, sont tordus et l’obligent à adopter une
démarche de canard! Ses doigts sont tous crochus. Il ne connaît pas le
français et s’exprime donc plus en « sons » et gestes avec moi qu’avec
des mots. Pour couronner le tout, il se prénomme « Moloce ». Mais c’est
une personne que j’adore ! Sa laideur est à la hauteur de son immense
gentillesse. C’est mon petit rayon de soleil quotidien. Son sourire
(édenté !) ne quitte jamais son visage. Chaque soir, nous entamons lui
et moi notre partie de dame. Je suis super mauvaise et perd constamment.
Lui, est bien meilleur que moi. Mais, à ce jeu, il est le moins bon de
tous les congolais du camp qui, eux, sont extrêmement forts ! Bref,
chaque soir, avant le repas et juste après son retour de la pêche
éternellement bredouille, c’est le même rituel. Il m’appelle de loin et
me bredouille les mêmes sons dont je comprends à présent qu’ils
signifient « Allez, c’est l’heure pour que tu perdes désespérément à ce
jeu ! ». Le pire, c’est que je vois parfaitement qu’il est parfois
effrayé, lui et ses amis par mon jeu super nul ! Je vois cela à leur
regard incrédule devant mes « stratégies » minables et leurs fous rires
en coin. Mais Moloce, le gentil pêcheur, m’encourage toujours lorsque
j’arrive, par pur hasard, à le bloquer sur un coup ou il s’apprêtait à
me manger plusieurs poins. Il lève alors son pouce dans ma direction et
me fait alors son plus « beau » sourire et prononce un « Bien ! »
motivant ! Il est vraiment trop cool. Puis, quand la partie est achevée,
il part alors s’asseoir autour du feu pour faire chauffer ses petits
pieds et fumer dans la calebasse tout en discutant en lingala à qui
voudra prendre part au sujet…
Moloce ramène très peu de poisson et c’est bien triste car c’est son
salaire. En ce moment la rivière est haute devenant ainsi avare de ses
biens. Il y a deux jours, il nous a ramené de sa pêche une vipère
Rhinocéros qui s’était pris dans ses filets. C’est un des serpents les
plus dangereux d’Afrique. Son venin est mortel. Ce n’est pas un serpent
agressif. Seulement, il se déplace très lentement. C’est son point
faible. Son venin hautement toxique en fait sa force. Le risque avec ce
serpent est de marcher dessus n’ayant pas eu le temps de s’écarter de
nos pas. C’est un serpent très beau et à priori…très bon. Tout le monde
s’est régalé ce jour-là au camp. Moi, je ferme les yeux…Les serpents
sont la principale source de terreur parmi les gens ici et surtout parmi
les congolais. Aucun serpent ne peut survivre s’il a la malchance de
croiser le chemin d’un Congolais, que le serpent soit venimeux ou pas.
En fait, dans l’ignorance, toutes les personnes tuent systématiquement
tous les serpents rencontrés. Il ne fait pas bon être reptile dans le
secteur. Un jour, nous avons entendu soudainement un brouhaha venant de
la paillote des travailleurs. Nous les voyons immédiatement s’écarter du
baraquement toutes machettes à la main ! On comprend alors qu’un serpent
s’est aventuré dans leur bâtiment. Ils le tuent immédiatement. Curieuse,
je m’approche pour voir l’animal imprudent. C’était terrible je découvre
qu’il s’agissait en fait d’un serpent pas plus grand qu’un ver de terre.
Ils l’avaient littéralement coupé en rondelles ! Bon, bien entendu, un
minuscule serpent peut tout à fait vous blesser mortellement. Mais, ça
me gène tout de même cette ruée anti-reptile dans le secteur. Il est
très difficile de faire comprendre aux gens, « locaux » ou même venant
d’Europe, que seuls 2 ou 3% des serpents sont mortels. Prenons l’exemple
du Mamba vert. On le dit, et à juste titre, très dangereux. Il pullule
un peu partout en Afrique. Il y a deux semaines, nous avons été tenu
informés que la femme d’un des travailleurs avait été piquée par un
mamba vert à deux reprises dans sa maison. Celle-ci s’est retrouvée dans
un état sérieux à « l’hôpital » du coin. Aujourd’hui, elle est de retour
chez elle. Elle n’est pas au meilleur de sa forme mais elle n’est pas
morte. Il est très compliqué de faire comprendre que très peu de morsure
ou piqûres se révèlent fatales pour l’homme. Bon, en attendant, je sauve
un maximum d’insectes et commence à leur expliquer que là aussi, on peut
éviter de tuer à tout va ! Ils me prennent pour une folle mais il n’en
reste pas moins que il y a deux jours j’ai vu un gars me montrer
fièrement qu’il n’allait pas tuer une fourmi qui se trouvait sur la
table parce que j’étais là et qu’il savait que je n’aimais pas ça. Il
l’a juste balayé d’un revers de la main. Petite victoire mais victoire
quand même !

A part ceci, il faut dire que dernièrement, il y a eu des moments
difficiles. Heureusement, petit à petit, les choses semblent rentrer
dans l’ordre et la sérénité se réinstalle à nouveau.
Tout a commencé il y a environ trois semaines. Ryan, notre
administrateur, décide de s’octroyer une semaine de congés et de compter
sur moi pour le remplacer en tant qu’administratrice intérimaire. Bon,
j’ai accepté sachant que cela signifiait que je ne pourrais pas trop
sortir en forêt durant cette période. La semaine s’est passée sans trop
de problèmes. Tout le monde y a mis du sien afin que je ne sois pas trop
perdue dans la gestion de ce camp. Tout s’est bien passé. A son retour,
Ryan nous a raconté son voyage et nous a expliqué qu’il s’était fait
mordre par un chien à la sortie d’un village. Il commençait à avoir
quelques inquiétudes quant à la rage. Tout le monde l’a rassuré à ce
sujet. Puis, le surlendemain, je rentre de forêt à 14h, et le vois tout
agité en grande conversation avec son assurance rapatriement via le
téléphone satellite. Tout le monde était effaré. Il était tout
simplement en train d’arranger son évacuation. Il a fait donc déplacer
l’avion pour son évacuation parce qu’il s’était fait mordre par un chien
une semaine plus tôt. Bien entendu, c’est son assurance qui a tout payé
et cela n’a rien coûté au projet. Mais nous avons tous trouvé son départ
un peu trop précipité à notre goût nous laissant et me laissant
particulièrement moi dans une situation délicate. Je me retrouvais du
jour au lendemain administratrice de ce camp et n’étais pratiquement pas
formée et encore moins informée sur bien des dossiers tels que notamment
les salaires, primes, achats de nourriture etc etc…Je ne vais pas vous
mentir. J’ai été très tendue les sept premiers jours. Il a fallu que je
me plonge dans une comptabilité illisible et que je trouve par moi-même
toutes les informations nécessaires au bon fonctionnement du camp. En
plus, avant son départ, Ryan avait lancé des travaux comme la
reconstruction de notre dépôt. Il va falloir aussi que je m’occupe de
faire abattre le gigantesque arbre qui menace de nous réduire en forme
de galette bretonne…. Andrew et moi pensons qu’en fait Ryan se faisait
une idée différente de l’Afrique. C’était son premier séjour sur ce
continent. Son « voyage » jusqu’au village a du l’effrayer. Il a ainsi «
péter un câble » et pris la morsure de ce chien comme prétexte pour
partir et rentrer en Europe. Il a ainsi mis tout le monde dans une
position délicate. En plus, je trouve parfaitement indécent de dépenser
autant d’argent (7000$ pour faire venir le petit avion sur la mini piste
poussiéreuse de Ipope) pour se faire évacuer pour une raison aussi
idiote, sur un continent et dans ce pays ou les gens manquent de tout et
surtout de nourriture. Breeeeffff ! Aujourd’hui, tout est presque
organisé. J’ai mis tout à jour dans presque tous les domaines. Cela m’a
demandé un gros travail mais maintenant c’est fait et je suis soulagée.
Tout ceci a eu également comme effet que je ne suis pas allée en forêt
pendant toute cette période. Exit les bonobos ! Mon moral n’était pas au
meilleur de sa forme. Grosse grosse baisse même pour être honnête.
J’étais un peu découragée je l’avoue. Nous n’avons plus joué au UNO
pendant presque 10 jours et ça, c’est notre baromètre de la bonne humeur
et du bien-être.

Cette mauvaise période a donc commencé par la démission subite de notre
administrateur. Puis, Andrew, trois jours plus tard est tombé gravement
malade. Nous pensons qu’il a fait une grave crise de malaria. Un matin,
il se met à vomir sans jamais finir. Nous lui prenons sa température:
39.8°! Gloups ! C’est un homme d’apparence très solide. Il fait un
travail impressionnant avec les bonobos parcourant des kilomètres et des
kilomètres sans relâche. Alors, le voir dans cet état de faiblesse
inouïe, sans force à ne pouvoir que mettre sa tête hors de sa tente pour
pouvoir vomir…ça nous a fait bizarre. Puis, nous découvrons au bout de
quelques minutes qu’il y a du sang dans son vomi…Nono et moi décidons de
ne rien dire aux filles (l’allemande et la Hongroise afin d’éviter la
panique). Je décide alors de donner du paracétamol à notre britannique
afin de faire tomber cette maudite fièvre. Puis, le traitement anti
malaria. Nous nous relayons pour couvrir entièrement son corps de linge
trempé dans l’eau « fraîche », l’eau venant d’une petite source. Tout le
monde m’a aidé et contribué aux soins. Nous changions ses linges toutes
les deux minutes sans discontinuer. Andrew était complètement dans le
gaz. C’était vraiment inquiétant. Alors, Papa Rodin, un vieux monsieur
qui est un de nos cuisiniers (un très mauvais cuisinier) décide d’aller
aux abords de notre campement, à la lisière de la forêt afin d’invoquer
les ancêtres et les esprits pour guérir « Papa Andrew », l’homme des
bonobos. C’était incroyable ! C’était un moment d’une rare émotion.
Entendre son chant et l’écho de ses incantations en provenance de la
forêt…Tout le monde a alors comme retenu son souffle et arrêté ses
activités afin de « communier » à cette prière. Moi, j’en avais les
larmes aux yeux et j’écoutais ce chant tout en changeant les linges
d’Andrew. C’est un des moments les plus forts de ma vie et je ne
pourrais jamais oublier cet instant. Nous avons fini par informer les
filles sur l’état d’Andrew. J’ai pris la décision d’attendre encore 17H
avant d’appeler par satellite pour le faire évacuer. Puis, à 17h, sa
température a commencé à diminuer pour atteindre 37.7° à 18h. Tout le
monde était soulagé, épuisé mais soulagé ! Il a même réclamé un peu à
manger. Il avait une tête à faire peur. Jamais vu ça de ma vie. Tout le
monde est allé se coucher à 20h. Puis, j’ai décidé par mesure de
prudence d’aller de nouveau voir sa température à 21h. 35.8 !!!!! J’ai
cru devenir folle !!! J’ai récupéré immédiatement toutes les couvertures
que je pouvais trouver, sa polaire. J’ai fabriqué une bouillotte en
mettant de l’eau bouillante dans une bouteille en verre que j’ai plaqué
contre son ventre et j’ai fait l’inverse de la journée, c’est-à-dire que
je lui ai appliqué sur le front et la tête un linge bouillant. 30
minutes plus tard, sa température était remontée à 36.3°. Ce n’était pas
génial. Je lui ai fait boire un thé bien chaud. Il était congelé ! Je
n’étais vraiment pas fière ce soir-là. Je retournais me coucher et
revenais toutes les heures afin de recommencer le rituel jusqu’au matin
: bouillotte, thé brûlant, températures, linge brûlant sur la tête…Au
petit matin, à 5h15, il avait atteint enfin un petit 37°. Les autres se
sont alors réveillés. Ils ont pris le relais. Je suis partie me coucher
immédiatement. A 8h, sa température était de 37.5° et n’a plus trop
bougé. Aujourd’hui, il est presque complètement remis. Il a été bien sur
très faible pendant les jours qui ont suivi mais il est guéri. Il n’est
pas retourné en forêt depuis et n’y retournera pas avant total
rétablissement. Ordre de moi, administratrice en chef !
Mais ce n’est pas fini. Notre britannique a un énorme bouton horrible
qui est apparu dans son dos. Il s’agit du deuxième de l’espèce qu’il a
depuis son séjour ici. Il m’a expliqué qu’il s’agirait d’un
staphylocoque. C’est horrible ! Y a pas d’autres mots ! Depuis donc
trois semaines, chaque fin d’après midi je le traite en appliquant des
compresses d’eau bouillante, puis des compresses de Bétadine. Je lui
nettoie ce truc « infecte » n’ayons pas peur des mots. Il prend en même
temps des comprimés de pénicilline. En fait, ce qui est surtout
effrayant, ce n’est pas en soit l’aspect totalement repoussant de la
chose mais c’est plutôt de découvrir que les congolais du secteur
connaissent très bien cette « chose », que toutes les personnes
travaillant avec les bonobos dans la forêt dans ce projet ont contracté
ça !!!!!!! Et là, lorsque j’ai appris ça, ça a été la panique dans ma
tête ! Je fais partie des personnes qui travaillent dans la forêt avec
les bonobos…5 personnes cette année ont eu ce staphylocoque. En plus,
c’est très difficile à s’en débarrasser. Une allemande en a eu un à la
cuisse pendant son séjour. Depuis, elle est rentrée en Allemagne et en a
eu deux autres dont un sur l’œil…vous imaginez ?! Pour faire partir le «
bouton », cela peut prendre plus d’un mois. En plus, c’est douloureux.
Je vois bien qu’Andrew souffre au point qu’il ne peut plus aller en
forêt tant que ça n’est pas parti. Depuis deux jours, cela commence à
diminuer de volume et à être moins rouge. Le traitement commence à faire
effet. Depuis, à chaque fois que je vois apparaître une minuscule
rougeur sur mon visage, je panique un peu. Je ne veux pas de ce truc sur
moi et encore moins sur le visage ! Bref, je vais compter sur ma chance
car il n’y a rien à faire d’autre. De toute façon je ne vais plus en
forêt que deux fois par semaine à peine en ce moment…Personne ne
comprend d’où vient cette bactérie. Il n’y a absolument aucun contact
avec les bonobos, ce sont de vrais sauvages juste habitués à la présence
des chercheurs. Mais ce « pustule » n’apparaît que sur les personnes qui
les suivent. Peut-être fréquentons-nous des zones marécageuses ou autres
ou se trouverait la « chose ». C’est vraiment la forêt tropicale ici.
Mais c’est génial ! J’aime trop.

Concernant mon mal de dos, c’est passé pour le moment. En fait, au
troisième jour je souffrais vraiment et, un soir, Kabango, un homme de
la forêt m’a préparé une tisane « pour les hommes ». C’est une tisane
préparée à base d’une écorce particulière. Je ne me souviens plus du nom
de l’arbre. Il a fait bouillir ça pendant de nombreuses minutes jusqu’à
ce que la marmite « se fâche », c’est-à-dire jusqu’à ce que l’eau fasse
tomber le couvercle. J’ai bu ce breuvage en désespoir de cause. J’avais
trop mal et je me suis dit que ça ne pouvait pas être pire. Lorsque j’ai
bu ma tasse, j’ai cru « crevé » tout simplement !!!! Je vous assure que
je n’ai jamais bu un truc aussi mauvais et surtout aussi amer de ma vie
!!!! Mais je me suis forcée devant les rires édentés des travailleurs
autour du feu. Le lendemain, je n’avais plus du tout mal. PLUS DU TOUT !
J’ai du boire à nouveau ce truc durant cinq soirs. C’est la « posologie
» recommandée ! Vraiment, j’en reprendrais à la prochaine crise peu
importe l’amertume du goût !

Aujourd’hui, après avoir traversé ces évènements ennuyeux et
contrariants, le moral et la bonne humeur semblent s’être réinstallée.
Andrew est sorti d’affaire, le camp semble être fonctionnel et je n’ai
toujours pas le staphylocoque. Nous avons repris nos parties d’Uno et je
perds de moins en moins souvent. Il y a toujours un céphalophe, une
civette ou un colobe qui nous observe sans gêne lorsque nous sommes aux
toilettes durant la nuit…C’est la vie à Lui Kotal…dans le parc de la
Salonga…

Cette année et cet endroit me feront découvrir un autre aspect de
l’Afrique. Celui des esprits et des ancêtres, celui des incantations,
des chants, des rituels….je poursuis ainsi ma balade africaine…

A bientôt…

Barbara / Babs

PS: il fait super super chaud ici!!!!!!!on est trempes toute la journee

deuxième lettre...

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
Bonjour,

Aujourd’hui, c’est l’administratrice qui vous écrit. Oui, notre
administrateur en chef s’offre depuis vendredi une petite semaine de
congés. Il est parti faire deux trois villages dans le coin accompagné
de notre cuisinier. Ouf, on a d’autre cuisinier!!!! Donc, en tant
qu’administratrice intérimaire, je le remplace. Ceci est une excellente
formation finalement. Je suis aidée par tout le monde et tout se passe
bien pour le moment.

Jusqu’à présent, j’avais l’habitude de travailler avec des personnes
venant pour la plupart, des villes africaines. Ils avaient donc en
majorité une mentalité citadine même si ils retournaient de temps à
autre « au village » pour voir la famille. Ici, c’est différent. Cela se
ressent et cela se voit. Tous les employés viennent des villages du
secteur. Nous sommes vraiment situés dans un endroit très reculé et
isolé de la République Démocratique du Congo en plein dans la forêt
dense et humide. Voici donc les résultats que cela peut donner. Hier,
c’était le jour de rotation pour un de nos agents de forêt. Celui-ci
rentrait au village et j’ai vu arriver son remplaçant. Un délicieux
petit moment de bonheur pour moi toute seule ! Un homme arriva d’un pas
rapide et ferme dans le camp. Il était vêtu d’une veste « adidas » verte
et jaune. Son micro short avait, sans nul doute, connu de meilleurs
jours ainsi que sa paire de « gomme » comme ils disent, c’est-à-dire sa
paire de tongs. Une énorme veste épaisse et laissée ouverte, d’un orange
vif, le couvrait des épaules jusqu’au genoux. A son arrivée au camp, les
autres travailleurs locaux lui expliquèrent qu’il devait venir se
présenter à moi, la « nouvelle administratrice ». C’est ce qu’il fit de
ce pas. Tout ceci, vous me direz à juste titre, n’a rien de bien
extraordinaire. Sauf que ce monsieur « orange » au pas rapide tenait au
bout d’une de ces mains, une immense lance…de guerriers chasseurs… Trop
fort ! Un guerrier en adidas ! Triste Afrique…. ! Bon, je me suis quand
même informée sur l’utilité de cette lance dans sa fonction pour le
projet sachant qu’il est en charge d’aller retrouver les bonobos pour
connaître leurs lieux de nidification si nous les perdons dans la
journée. On m’a rassuré et assuré qu’il faisait partie de la génération
des personnes qui ne sortent jamais sans leur lance pour lutter contre
les mauvais esprit de la forêt et que c’était également son accessoire
de sortie pour affirmer sa masculinité ! Bref, l’équivalent de notre sac
à mains mais en moins pratique en somme !
Aujourd’hui, plus rien ne me surprend vraiment. Un vieux monsieur dont
le nom est « Papa Equateur » a fini sa rotation et est rentré
aujourd’hui au village pour se reposer. Il est venu me saluer pour
prendre congés. Il m’a ainsi remis avant son départ la boussole, la
montre et la torche que nous leur remettons à chaque début de vacation.
Il était content de rentrer chez lui. Il avait ainsi mis son chapeau, un
superbe Borsalino en tweed avec pour seul ornement, une minuscule petite
plume. J’ai estimé l’age de ce monsieur à 118 ans environ ! Il était
content car la veille, il avait parlé aux esprits de la forêt qui lui
ont assuré être favorables lors de son retour. Il ne parle que le
lingala et le dialecte local. Nous arrivons tout de même à nous
comprendre. Je ne sais pas trop comment. Je crois qu’il m’aime bien. Je
lui ai promis que si nous nous revoyons, je pourrais lui parler Lingala.
Bon, il est donc parti ce matin, tout tranquilou empruntant le long
chemin de 25km avec sur son dos, son petit paquetage et dans sa main…un
immense arc et trois flèches effrayantes… !!!! C’est ainsi ici. Vaut
mieux être prudent avec les esprits du coin ! Et puis, si il peut se
faire un animal, pourquoi pas avant de rentrer au village ! Enfin, je
préfère la chasse à l’arc ou la lance plutôt que ces satanés pièges !
Il pleut assez régulièrement en ce moment. Et chaque fois, c’est la même
effervescence dans le camp à l’approche des premières gouttes. Nous nous
activons pour mettre à l’abri tous nos échantillons botaniques collectés
pour les analyses futures, les herbiers que nous faisons sécher au
soleil, le linge qui pend un peu partout et qui est plus souvent sale
que propre, la nourriture tel que le riz, oignons, ail, haricot qui est
régulièrement sortie de leur sac pour sécher au soleil et éviter ainsi
la moisissure due à l’humidité ambiante…bref, tout se qui peut se
ranger. Pendant ce temps, un autre monsieur se place au centre du
campement et parle « super fort » à l’esprit de la pluie pour qu’il nous
épargne nous ainsi qu’un peu tout le monde ! Bien sur, il y a aussi tout
un gestuel qui accompagne ce cérémonial. J’ai mon ami congolais, Nono,
l’analyste chimiste qui lui, vit à Kinshasa qui un jour, m’a traduit
chacune des paroles prononcées par cet étrange monsieur. C’est ainsi,
que je peux dire qu’il demande aux esprits d’épargner plein de personne.
Il dit aussi plein d’autres trucs mais je ne me souviens pas de tout !
Trop long ! J’ai hâte de voir son « sac à main » à lui lorsqu’il
repartira au village…
Voilà. C’est le recrutement local. Mais j’ai encore plus rigolo ! Nous
sommes devenus depuis 10 jours des intoxiqués d’un jeu de carte que tout
le monde connaît j’imagine ou a entendu parler. Il s’agit du « Uno ».
C’est Ryan, notre américano canadien qui avait apporté dans ses bagages
ce jeu de carte. L’effigie sur chacune des cartes est un Bisounours.
Nous jouons chaque soir ou presque après le repas. Nous rejoignons la
salle commune des « congolais », près du feu. Julia, la jeune allemande
dingue de plantes, nous a appris à tous, à jouer au « Uno » y compris à
l’équipe des travailleurs locaux. C’est ainsi que dorénavant, après
chaque dîner, nous jouons tous à ce jeu. Imaginez un peu la scène : il y
a « les chercheurs », c’est-à-dire, Julia l’allemande qui est super
forte d’ailleurs à ce jeu, Cinthia, la hongroise plus discrète mais qui
s’octroie également de très bons scores, Andrew, le britannique, mister
Bonobos, qui ne parle pas le français et qui invente des règles à chaque
partie afin de me faire perdre, Nono, que je ne présente plus et qui
n’arrête pas de boire du lait afin de se désintoxiquer des analyses
chimiques quotidiennes qu’il fait, et il y a moi qui perd constamment et
qui commence seulement à comprendre qu’il peut y avoir des tactiques au
« Uno ». Puis, il y a les travailleurs locaux qui ont très bien compris
la règle de ce jeu et qui se révèlent être d’excellents joueurs. Sauf
que eux, ils ont des lances et des arcs et qu’ils se déchirent un peu
avec le « tabac local » fumé dans un étrange mais très bel objet, une
sorte de Calebasse. C’est un magnifique tableau chaque soir ou presque
et c’est un des miracles de l’Afrique. Congolais de Kinshasa, Congolais
de forêt, British, Allemande, Hongroise, Américain et française, tous
réunis autour d’un jeu de carte Bisounours ! Ce n’est pas courant et ça
marche !

Vous l’aurez donc compris, l’ambiance est vraiment très bonne. Neuf mois
comme ça, et tout se passera bien. Bon, parfois c’est tout de même
difficile. Aujourd’hui par exemple, nous avons Andrew qui souffre d’une
crise malaria. Il est donc alité et nous le surveillons. Nous avons
perdu de nouveau les bonobos depuis deux jours. Et moi, je me suis
tordue le bas du dos et cela me fait énormément souffrir depuis deux
jours. Cette semaine a été assez éprouvante physiquement pour Andrew,
Cinthia et moi. Nous suivons les bonobos chacun pour des raisons
différentes. Andrew fait une étude d’observation. Il est titulaire d’un
PHD et c’est spécialisé dans l’étude de grands singes à l’état sauvage.
Il est excellent ! Cinthia est une volontaire qui fait son premier
voyage en afrique et qui suit Andrew dans la forêt. Moi, je suis les
bonobos afin de collecter leur alimentation. Andrew et moi sommes
complètement passionnés et nous partageons beaucoup sur les grands
singes et le bonheur de les observer en forêt. Seulement voilà ! Ces
bonobos ont décidé de s’éloigner de beaucoup du campement et ils se
trouvent depuis une semaine à environ huit km de marche minimum ! Donc,
nous nous levons à 3 heures du matin, nous marchons pendant deux heures
non stop jusqu’à leur nid. Nous les suivons dans des zones complètement
incroyables ou l’accès nous parait impossible et nous devons rentrer le
soir en marchant de nouveau pendant deux heures. J’ai fais une moyenne
de vingt km par jour durant trois jours consécutifs. J’ai crié grâce au
quatrième. Abandon ! Nous étions très fatigués car le troisième jour en
question c’est passé sous la pluie froide et dans les marécages et les
rivières avec du courant pour corser le tout ! Je vous assure que vous
lever à 3h du matin, mettre vos chaussures mouillées, manger du riz dans
du lait chaud et savoir que le chemin qui va être emprunté ce matin même
croise une rivière ou l’eau vous arrive jusqu’au cou, que cette rivière
est non loin, ce qui signifie que vous serez déjà trempée à 3h30 et que
cette rivière sera suivie par quatre grands marécages et qu’il pleut et
que vous entendez tous les autres ronfler bien au chaud sous leur
tente…ça vous met le moral KO dès le départ ! Mais ce fameux jour a été
récompensé d’une façon inattendue en fait. Nous avons donc fait nos huit
km pour rejoindre la localisation que l’homme à la lance nous avait
donné la veille dans la nuit noire, sous la pluie, rivière, marécage et
patati et patata…nous arrivons et nous trouvons les bonobos à 5h15. Ils
se réveillaient. Notation : un bonobos, c’est très ponctuel dans son
réveil et c’est pourquoi il ne faut pas se permettre d’être en retard
car c’est vraiment à 5h15 que ces diablotins font leurs premiers
étirements matinaux ! Le seul souci de ce matin-là était qu’il ne
s’agissait pas en fait de NOS bonobos mais d’une communauté étrangère et
donc totalement et entièrement « sauvages » ! Au début, j’ai été
complètement démoralisée d’avoir fait tous ces efforts matinaux pour
cette erreur au demeurant compréhensible. Puis, j’ai réalisé qu’il était
absolument intéressant de voir et d’observer leurs réactions face à la
présence d’humains. Certains ont fui immédiatement par la canopée !
D’autres criaient comme des malades mais très curieusement ne prenaient
pas immédiatement la fuite et nous avons pu les suivre sur quelques
mètres à peine. Trois individus paniquaient complètement à notre vue du
haut de leur gigantesque arbre. Nous étions au bas de cet arbre. Ils
devaient néanmoins se sentir protéger par la hauteur. C’est ainsi que
j’ai pu découvrir la fragilité de ces êtres dont ont dit qu’ils sont «
naïfs » s’ils n’ont probablement jamais vu d’hommes jusqu’alors. Ils
sont ainsi plus faciles à chasser…et c’est bien la technique employée
par de nombreux chasseurs en forêt africaine pour les grands singes. Les
surprendre à leur réveil…et tirer dans les nids… La surprise,
l’étonnement et la fatigue passés, nous avons pu savourer cette
rencontre incroyable. Andrew et moi sommes rentrés l’esprit dans les
nuages avec une foule de question… !Nous venions de partager quelques
choses de vraiment génial. Puis, nous sommes partis à la recherche de
nos propres bonobos que nous n’avons pas trouvé et sommes rentrés au
camp sous la pluie en ayant parcouru nos éternels 20km quotidiens du
moment !

Les jours qui arrivent vont beaucoup plus calmes et reposant pour moi
dans la mesure ou je vais devoir rester au camp afin de remplacer Ryan.
Mais cela ne me convient finalement pas trop car je préfère nettement
retourner en forêt. Mais je vais essayer de m’organiser au moins une ou
deux sorties d’ici vendredi.

Mon herbier et ma liste d’alimentation consommée par les bonobos
avancent très lentement mais je progresse néanmoins. Il n’est vraiment
pas aisé de suivre, collecter et identifier ce que les bonobos
ingurgitent. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai du me faire ce mal de dos.
Je suivais un groupe important qui avait décidé de faire beaucoup de
déplacement ce jour-là et surtout de passer dans des endroits
impossibles ! Je me suis donc retrouvée dans une position de contorsion
au sol sous une masse de lianes qui m’a valu soudainement une douleur
aiguë au bas du dos et depuis…je souffre…Tu connais n'est-ce pas Véro?!
Ce jour-là, avant de déclarer forfait, j’avais réussi à les suivre sans
les perdre une seule fois durant 3H15, ce qui est un bon score !

Bon, je vais m’arrêter là pour aujourd’hui car je vois que ce courrier
n’en fini plus.
Merci pour les mails. Ca fait un bien fou. En revanche, il vaut mieux
m’écrire en noire et sans formatage car cela prend moins de KB.
Je vous embrasse tous très fort.

Barbara / Babs



premières impressions....

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
Voici quelques nouvelles.

Cela fait maintenant 11 jours que je suis arrivée à Loi Kotale. Tout se
passe de mieux en mieux et je trouve petit à petit ma place dans ce
nouvel univers de "chercheurs forestiers". L'ambiance est sereine et
détendue. J'ai pris mes marques dans la vie quotidienne du camp.

Mon nid.
Je me suis installée un petit "nid" à moi. Je "niche" dans une tente
igloo dans laquelle j'ai réussi l'exploit d'y entreposer mes deux gros
sacs de voyage (tiens tiens tiens! "deux gros sacs" me semble
familier...), une caisse metallique qui me sert de table de nuit, un
minuscule matelas gonflable qui ne fait même pas la largeur de mon corps
et un tout petit fil d'étendage...Tout est rentré et cela se nomme un
miracle d'organisation! A l'extérieur de mon "nid", nous avons tous deux
petites tables de fabrication locale, c'est-à-dire en rondin de bois et
qui nous servent à entreposer tout nos trésors personnels. C'est un
véritable alignement de brosse à dents, dentifrice, gourdes, chaussures
et chaussettes dont l'aspect et l'odeur effrayeraient un putois! Mais
c'est la vie à Loi Kotal! Toutes nos tentes sont "protégées" par un toit
de fabrication lui aussi locale et qui est en sorte de rafias tissé
soutenu par une faible charpente en rondins de bois. Les lianes servent
de liens solides à tout ça. Mais hier soir, j'ai pu faire le constat que
ces structures de bois, lianes et rafias ont plusieurs fonctions
importantes sauf une essentielle. Ces toits nous protègent de la pluie.
Ils servent aussi d'abris et d'habitat naturel à une multitude
d'insectes et de petites bêtes en tout genre. D'ailleurs ils profitent
également de mes petites tables personnelles et mes petites
affaires...mais bon, je ferme les yeux! Les serpents doivent apprécier
les planquettes dans les rafias tissés...là aussi, je préfère fermer les
yeux...Mais hier soir, il y a eu un orage avec pluie et vent. Nous
étions tous à table quand soudain nous avons entendu le début d'un bruit
d'un arbre qui se déracine et qui tooooommmmbe! Nous avons clairement
identifié qu'il allait tomber vraiment tout à côté de nous, voire sur
nous! Il faisait nuit noire! C'était la panique en une seconde le temps
de sortir de la table! Le bruit s'annoncait très nettement sur moi bien
évidemment et je pense que j'ai du marcher sur mon voisin pour qu'il
s'extrait plus vite de notre table. J'ai un peu perdu mes tongs et mon
pagne n'était plus très bien ajusté au bon endroit mais c'est passé
inaperçu dans la frayeur. L'arbre s'est finalement écroulé dans un
immense fracas à 4 mètres de moi. Mais il est surtout tombé à deux
mètres de ma tente et à un mètre seulement du lit de mon voisin
britanique. Son toit ayant été très nettement endommagé. C'est à ce
moment-là que j'ai regardé autour de notre campement et me suis aperçue
que nous étions entourés d'arbres pouvant s'écrouler à tous moments sur
nos tentes...la nuit...pendant notre sommeil....Ca fait froid dans le
dos sur le moment! J'ai pris des photos. Le bruit était très
impressionnant et le résultat encore plus. L'anglais et moi nous nous
sommes regardés avec le même effroi dans le regard! On a plaisanté
ensuite tous ensemble autour d'un chocolat chaud et aujourd'hui, plus
personne n'y pense vraiment.

Les Bonobos.
J'ai commencé mon travail de suivi de ces créatures rigolotes et surtout
l'observation de leur alimentation. Je suis déjà allée plusieurs fois à
leur poursuite dans la forêt de Salonga. Il est beaucoup plus compliqué
de suivre une communauté de bonobos que celle de Chimpanzés. Les bonobos
sont nettement plus discrêts dans leur attitude globale et notammentleur
déplacement. Ils peuvent disparaitre sans qu'on puisse s'en apercevoir.
Le bonobos est légèrement plus petit que son cousin le chimpanzé. Il est
également plus difficile de les distinguer les uns des autres. Les
bonobos ont tous le visage noir et leurs coupes de cheveux, les plus
ridicules que j'ai jamais observé, sont identiques. Il faut donc se fier
à d'autres critères de disctinctions qui sont pour les femelles par
exemple la grosseur de leurs attribus génitales, les mamelles etc etc
etc...ce n'est vraiment pas facile. Andrew, le britanique en charge de
les observer depuis plus de six mois commence seulement maintenant à les
reconnaitre! Le bonobos est vraiment très sympathique dans son
comportement. Il est nettement moins agressif que le chimpanzé. En fait,
sa palette d'émotion et de réaction est moins fournie et étendue que
celle du chimpanzé. Cela ne le rend néanmoins pas moins interessant à
observer car il a d'autre signe distinctif attractif. Sa structure
social par exemple est plus étonnante que celle des chimps puisqu'il
semblerait que la dominance soit chez eux, portée par les femelles. La
communauté que nous observons est constituée d'environ une trentaine
d'individu adulte. Il y a en plus beaucoup de jeunes. Les bonobos
fonctionnent sur le même mode que celui des chimps à savoir "fusion /
fission". Ils peuvent donc se séparer et se rejoindre assez fréquemment.
Il y a deux jours, je les suivais accompagnée d'Andrew et de Cinthia,
une jeune Hongroise zoologiste. C'était incroyable car je ne sais
comment, mais nous nous sommes retrouvés à marcher plus ou moins au
centre de la communauté entièrement réunie. Je m'en suis aperçue lorsque
j'ai vu les bonobos arriver de toute part. Il y en avait devant nous,
sur nos deux côtés, à l'arrière! Nous étions cernés marchions tous
ensemble, nous progressions en groupe suivant les leaders de la marche.
C'était un grand moment, un moment pendant lequel je comprends pourquoi
je suis là!!!! Il y avait alors plein de petites boules de fourrure
noire qui avancaient de part et d'autre au travers des marantacées, me
jetant un petit regard furtif de côté tout de même me demandant si
c'était bien normal tout ça! Alors, je leur répondais de mon regard
choqué qui leur signifiait que moi aussi je fais partie de la
biodiversité! En plus, il faut savoir qu'à chacune de nos sorties pour
les observer, nous parcourons un minimum de 10km par jour d'observation.
En fait, quand il s'agit de 10km, je suis super contente car cela
signifie qu'ils ne sont pas très loin, à plus ou moins 5km du camp. Mais
en ce moment, ils ont pris le large et s'éclatent dans une zone située à
plus de huit km du camp! Donc, j'ai du me lever à 3 heures du matin pour
démarrer à trois heures trente du camp et marcher durant deux heures non
stop dans la nuit avec une lampe frontale. Il faut absolument être sur
leur lieu de nidification pour être là à leur réveil et ne pas les
perdre...tout de suite...! On les perd souvent dans la journée. C'est
vraiment chaud de les suivre! Une fois arrivés sous leur nid, on
parcours donc encore beaucoup de distance avec eux durant la journée et
le soir, une fois dans leur petit nid, on peut enfin repartir pour le
camp rejoindre notre propre nid à nous. Mais il faut alors encore avaler
les huit kms dans la nuit etc etc...sincèrement, c'est dur! Je l'ai fais
deux jours d'affiler et j'ai abdiqué pour le troisième. Nous avons fait
une moyenne de 20km par jour la semaine dernière. Mes chaussures
commencent à montrer des signes de faiblesses mais il faudra bien
qu'elles tiennent tout de même. Il y a trois jours, j'ai perdu les
bonobos et Andrew alors qu'ils pénétraient une zone marécageuse. Je
courais littéralement derrière eux lorsque je me suis retrouvée dans de
la boue noire jusqu'aux fesses! Ce que je pensais n'être qu'une flaque
visqueuse était en fait le début d'un grand marécage répugnant! Je suis
restée bloquée net, ne pouvant plus me libérer qu'avec l'aide de lianes
sur les côtés que j'ai pu attraper pour arriver à m'extraire de cette
mélasse. End of story! les bonobos ont poursuivi leur chemin dans de
joyeuses vocalisations pouvant aller s'offrir les tiges tendres des
Aframomum, plantes herbacées se trouvant dans les zones marécageuses.
Moi, je n'avais plus qu'à rentrer au camp avec ma boussole dans une zone
que je ne connaissais pas du tout et qui n'était pas matérialisée sur ma
carte. Bref, pour finir, un orage épouvantable a éclaté. J'ai mis plus
de trois heures trente pour rentrer au camp, dépitée, boueuse,
entièrement trempée et les pieds et jambes en bouillies. Mais tout ceci
est oublié dès le soir même.

La forêt.
La forêt dans laquelle je travaille se trouve être sensiblement la même
que celle ou je me trouvais en République du Congo, au Triangle. Mais
içi, les marécages sont moins étendus. Mais ils existent tout de même!
En revanche, içi, il n'y a presque pas d'éléphants. Ils peuvent être
entendus en de rares occasions mais il n'y a jamais eu de rencontre.
Ceci me facilite grandement la tâche lorsqu'il s'agit de marcher pendant
deux heures dans la nuit noire! On rencontre très fréquemment des
cercopithèques, colobes, céphalophes...Un soir, je rentrais avec Ryan et
nous avons surpris un céphalophe bleu (sorte de petite antilope) qui
était couché au sol. Nous avons pu l'approcher de très très près sans
qu'il soit effrayé. C'était excellent. Le lendemain, j'ai discuté deux
minutes avec une civette. C'était également la nuit et elle se trouvait
au bord de mon sentier et semblait pétrifiée par ma lampe. Je l'ai donc
sermonné assez durement tout en renouant mon lacet près d'elle en lui
expliquant qu'elle devait fuir devant l'homme car il y a des chasseurs
dans le secteur.J'ai parfois le sentiment que les animaux sont des
dépressifs suicidaires içi car on peut nettement les approcher. Ou bien,
ils sont stupides! Lors de chacune de mes "promenades", je rencontre un
groupe de colobes rouges que je peux observer à loisir sans les effrayer
tout en mangeant mon petit paquet de biscuit assise sur un tronc.
Il y a eu des éléphants avant mais à force d'avoir été chassé, il n'y en
a plus!

Mon job.
Il semblerait que ma mission va évoluer au fur et à mesure des besoins
de recherche. Pour le moment, je me concentre sur la liste et donc la
récolte des aliments consommés par les bonobos. Je prends les photos,
des échantillons. Nous essayons de les identifier lorsque c'est
possible, je les herborise. C'est un travail d'enquète qui m'apprend
beaucoup de chose dans le domaine de la botanique et ça ne me déplait
pas du tout.
Je poursuis mon instruction sur le fonctionnement du camp en tant
qu'administratrice intérimaire. Ca, ça me gonfle un peu plus mais ça va
quand même et je sais que c'est jusqu'à l'arrivée de la remplacante en
décembre et pour quelques semaines ensuite seulement.
J'ai appris depuis hier qu'il se pourrait que je sois formée pour faire
les tests chimiques des échantillons que nous recoltons régulièrement.
Il faut voir si cela se confirme. Je suis motivée dans le sens ou ce
sera encore quelque chose de nouveau dans ma formation mais les
substances utilisées sont hautement toxiques et j'ai un peu peur de leur
faire exploser leur "labo" de plein air...En plus, je m'entends très
bien avec l'analyste chimique. On rigole souvent ensemble et j'ai bien
peur de faire n'importe quoi....nous verrons bien.

L'équipe.
Tous sont très sympathiques, que ce soit du côtés des chercheurs ou des
travaileurs en forêt ou au camp. Ryan, l'administrateur, Julia
l'étudiante allemande et Nono, l'analyste chimiste congolais vont nous
quitter par l'avion de décembre. Nous recevrons en échange je crois
trois personnes. Joel qui aurait du arriver avec moi mais qui n'a pas eu
son visa à temps et qui devra suivre les bonobos, Martin, un suisse qui
fera le même travail et Heidi, une allemande qui remplacera Ryan. Je
resterais avec Andrew le britannique et Cinthia la Hongroise. Pour le
moment, nous formons une bonne équipe. C'est très sympas.
Ryan m'éclate par son organisation au camp et par quelques trucs qu'il a
installé. Exemle: maintenant, il organise comme un petit commerce ou il
vend du savon, des brosses à dents, dentifrice, stylos, bougies,
cigarette etc etc pour les travailleurs et les villageois qui viennent
s'approvisionner. Nous obtenons toutes ces marchandises par l'avion tous
les deux ou trois mois et les villageois sont très contents de pouvoir
obtenir ces produits. Bon, il vend aussi d'autre truc étranges mais dont
je vous parlerais dans une prochaine lettre...Je prends de bonnes crises
de rire parfois!!! Allez, je vous donne un indice: Medeline...

La nourriture.
Il n'y a pas grand chose à en dire. Nous achetons nos légumes aux
villageois qui nous livre deux fois par semaine. Nous avons un pêcheur
dans l'équipe des travailleurs qui est en charge d'avoir du poisson tous
les jours provenant de la rivière non loin d'içi. Bon, parfois il ramène
des drôles de poissons notre pêcheurs. Exemple: la semaine dernière, il
a ramener un caïman dont le crane était fracassé. Il était très fier de
m'appeller pour me montrer son trophé. J'avais envie de pleurer et de
fracasser le crâne de notre pêcheur à mon tour. Bon, il a compris très
rapidement à ma tête décomposée que je préférais qu'il me montre
d'autres trucs plus vivant et tranquille que ça. Il y a trois jours, il
a ramené un canard mort pris dans son filet....Bon, je m'attends au pire
durant mes neuf prochain mois avec ce pêcheur!
Ce qui est cool est qu'on a un cuisinier. On a rien à faire et ça, c'est
vraiment cool!

Bon bon bon, je crois que ce sera suffisant pour aujourd'hui. Si mon
écriture vous parait étrange ou la présentation ou je ne sais quoi c'est
parce que j'écris sur le bloc-note qui me prends moins de KB.
Merçi pour vos emails de la semaine dernière. La personne se
reconnaitra: vous pouvez m'envoyer de vraies lettres avec de vraies
phrases. Sinon, je ne comprends rien et je mets trois jours à décoder le
message et en plus c'est assez frustrant.
J'espère que tout le monde va bien. Je crois avoir appris que nous
avions battu une équipe importante au rugby. Ou en sommes nous sur ce plan?
Arnaud, trop fort ton mail!

Allez, je vous embrasse tous très fort!
Demain, je vais voir mes petits amis boules de fourrure noire ce qui
signifie que je vais me lever à l'aube, et marcher, et souffrir et
suer...et admirer des bonobos sauvages SURTOUT!

Barbara / Babs


Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus