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Nom du blog :
barbaraaucongo
Description du blog :
barbara est partie au congo suivre les bonobos en milieu sauvage, elle nous raconte son experience
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
26.02.2008
Dernière mise à jour :
26.02.2008
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deuxième lettre...

deuxième lettre...

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
Bonjour,

Aujourd’hui, c’est l’administratrice qui vous écrit. Oui, notre
administrateur en chef s’offre depuis vendredi une petite semaine de
congés. Il est parti faire deux trois villages dans le coin accompagné
de notre cuisinier. Ouf, on a d’autre cuisinier!!!! Donc, en tant
qu’administratrice intérimaire, je le remplace. Ceci est une excellente
formation finalement. Je suis aidée par tout le monde et tout se passe
bien pour le moment.

Jusqu’à présent, j’avais l’habitude de travailler avec des personnes
venant pour la plupart, des villes africaines. Ils avaient donc en
majorité une mentalité citadine même si ils retournaient de temps à
autre « au village » pour voir la famille. Ici, c’est différent. Cela se
ressent et cela se voit. Tous les employés viennent des villages du
secteur. Nous sommes vraiment situés dans un endroit très reculé et
isolé de la République Démocratique du Congo en plein dans la forêt
dense et humide. Voici donc les résultats que cela peut donner. Hier,
c’était le jour de rotation pour un de nos agents de forêt. Celui-ci
rentrait au village et j’ai vu arriver son remplaçant. Un délicieux
petit moment de bonheur pour moi toute seule ! Un homme arriva d’un pas
rapide et ferme dans le camp. Il était vêtu d’une veste « adidas » verte
et jaune. Son micro short avait, sans nul doute, connu de meilleurs
jours ainsi que sa paire de « gomme » comme ils disent, c’est-à-dire sa
paire de tongs. Une énorme veste épaisse et laissée ouverte, d’un orange
vif, le couvrait des épaules jusqu’au genoux. A son arrivée au camp, les
autres travailleurs locaux lui expliquèrent qu’il devait venir se
présenter à moi, la « nouvelle administratrice ». C’est ce qu’il fit de
ce pas. Tout ceci, vous me direz à juste titre, n’a rien de bien
extraordinaire. Sauf que ce monsieur « orange » au pas rapide tenait au
bout d’une de ces mains, une immense lance…de guerriers chasseurs… Trop
fort ! Un guerrier en adidas ! Triste Afrique…. ! Bon, je me suis quand
même informée sur l’utilité de cette lance dans sa fonction pour le
projet sachant qu’il est en charge d’aller retrouver les bonobos pour
connaître leurs lieux de nidification si nous les perdons dans la
journée. On m’a rassuré et assuré qu’il faisait partie de la génération
des personnes qui ne sortent jamais sans leur lance pour lutter contre
les mauvais esprit de la forêt et que c’était également son accessoire
de sortie pour affirmer sa masculinité ! Bref, l’équivalent de notre sac
à mains mais en moins pratique en somme !
Aujourd’hui, plus rien ne me surprend vraiment. Un vieux monsieur dont
le nom est « Papa Equateur » a fini sa rotation et est rentré
aujourd’hui au village pour se reposer. Il est venu me saluer pour
prendre congés. Il m’a ainsi remis avant son départ la boussole, la
montre et la torche que nous leur remettons à chaque début de vacation.
Il était content de rentrer chez lui. Il avait ainsi mis son chapeau, un
superbe Borsalino en tweed avec pour seul ornement, une minuscule petite
plume. J’ai estimé l’age de ce monsieur à 118 ans environ ! Il était
content car la veille, il avait parlé aux esprits de la forêt qui lui
ont assuré être favorables lors de son retour. Il ne parle que le
lingala et le dialecte local. Nous arrivons tout de même à nous
comprendre. Je ne sais pas trop comment. Je crois qu’il m’aime bien. Je
lui ai promis que si nous nous revoyons, je pourrais lui parler Lingala.
Bon, il est donc parti ce matin, tout tranquilou empruntant le long
chemin de 25km avec sur son dos, son petit paquetage et dans sa main…un
immense arc et trois flèches effrayantes… !!!! C’est ainsi ici. Vaut
mieux être prudent avec les esprits du coin ! Et puis, si il peut se
faire un animal, pourquoi pas avant de rentrer au village ! Enfin, je
préfère la chasse à l’arc ou la lance plutôt que ces satanés pièges !
Il pleut assez régulièrement en ce moment. Et chaque fois, c’est la même
effervescence dans le camp à l’approche des premières gouttes. Nous nous
activons pour mettre à l’abri tous nos échantillons botaniques collectés
pour les analyses futures, les herbiers que nous faisons sécher au
soleil, le linge qui pend un peu partout et qui est plus souvent sale
que propre, la nourriture tel que le riz, oignons, ail, haricot qui est
régulièrement sortie de leur sac pour sécher au soleil et éviter ainsi
la moisissure due à l’humidité ambiante…bref, tout se qui peut se
ranger. Pendant ce temps, un autre monsieur se place au centre du
campement et parle « super fort » à l’esprit de la pluie pour qu’il nous
épargne nous ainsi qu’un peu tout le monde ! Bien sur, il y a aussi tout
un gestuel qui accompagne ce cérémonial. J’ai mon ami congolais, Nono,
l’analyste chimiste qui lui, vit à Kinshasa qui un jour, m’a traduit
chacune des paroles prononcées par cet étrange monsieur. C’est ainsi,
que je peux dire qu’il demande aux esprits d’épargner plein de personne.
Il dit aussi plein d’autres trucs mais je ne me souviens pas de tout !
Trop long ! J’ai hâte de voir son « sac à main » à lui lorsqu’il
repartira au village…
Voilà. C’est le recrutement local. Mais j’ai encore plus rigolo ! Nous
sommes devenus depuis 10 jours des intoxiqués d’un jeu de carte que tout
le monde connaît j’imagine ou a entendu parler. Il s’agit du « Uno ».
C’est Ryan, notre américano canadien qui avait apporté dans ses bagages
ce jeu de carte. L’effigie sur chacune des cartes est un Bisounours.
Nous jouons chaque soir ou presque après le repas. Nous rejoignons la
salle commune des « congolais », près du feu. Julia, la jeune allemande
dingue de plantes, nous a appris à tous, à jouer au « Uno » y compris à
l’équipe des travailleurs locaux. C’est ainsi que dorénavant, après
chaque dîner, nous jouons tous à ce jeu. Imaginez un peu la scène : il y
a « les chercheurs », c’est-à-dire, Julia l’allemande qui est super
forte d’ailleurs à ce jeu, Cinthia, la hongroise plus discrète mais qui
s’octroie également de très bons scores, Andrew, le britannique, mister
Bonobos, qui ne parle pas le français et qui invente des règles à chaque
partie afin de me faire perdre, Nono, que je ne présente plus et qui
n’arrête pas de boire du lait afin de se désintoxiquer des analyses
chimiques quotidiennes qu’il fait, et il y a moi qui perd constamment et
qui commence seulement à comprendre qu’il peut y avoir des tactiques au
« Uno ». Puis, il y a les travailleurs locaux qui ont très bien compris
la règle de ce jeu et qui se révèlent être d’excellents joueurs. Sauf
que eux, ils ont des lances et des arcs et qu’ils se déchirent un peu
avec le « tabac local » fumé dans un étrange mais très bel objet, une
sorte de Calebasse. C’est un magnifique tableau chaque soir ou presque
et c’est un des miracles de l’Afrique. Congolais de Kinshasa, Congolais
de forêt, British, Allemande, Hongroise, Américain et française, tous
réunis autour d’un jeu de carte Bisounours ! Ce n’est pas courant et ça
marche !

Vous l’aurez donc compris, l’ambiance est vraiment très bonne. Neuf mois
comme ça, et tout se passera bien. Bon, parfois c’est tout de même
difficile. Aujourd’hui par exemple, nous avons Andrew qui souffre d’une
crise malaria. Il est donc alité et nous le surveillons. Nous avons
perdu de nouveau les bonobos depuis deux jours. Et moi, je me suis
tordue le bas du dos et cela me fait énormément souffrir depuis deux
jours. Cette semaine a été assez éprouvante physiquement pour Andrew,
Cinthia et moi. Nous suivons les bonobos chacun pour des raisons
différentes. Andrew fait une étude d’observation. Il est titulaire d’un
PHD et c’est spécialisé dans l’étude de grands singes à l’état sauvage.
Il est excellent ! Cinthia est une volontaire qui fait son premier
voyage en afrique et qui suit Andrew dans la forêt. Moi, je suis les
bonobos afin de collecter leur alimentation. Andrew et moi sommes
complètement passionnés et nous partageons beaucoup sur les grands
singes et le bonheur de les observer en forêt. Seulement voilà ! Ces
bonobos ont décidé de s’éloigner de beaucoup du campement et ils se
trouvent depuis une semaine à environ huit km de marche minimum ! Donc,
nous nous levons à 3 heures du matin, nous marchons pendant deux heures
non stop jusqu’à leur nid. Nous les suivons dans des zones complètement
incroyables ou l’accès nous parait impossible et nous devons rentrer le
soir en marchant de nouveau pendant deux heures. J’ai fais une moyenne
de vingt km par jour durant trois jours consécutifs. J’ai crié grâce au
quatrième. Abandon ! Nous étions très fatigués car le troisième jour en
question c’est passé sous la pluie froide et dans les marécages et les
rivières avec du courant pour corser le tout ! Je vous assure que vous
lever à 3h du matin, mettre vos chaussures mouillées, manger du riz dans
du lait chaud et savoir que le chemin qui va être emprunté ce matin même
croise une rivière ou l’eau vous arrive jusqu’au cou, que cette rivière
est non loin, ce qui signifie que vous serez déjà trempée à 3h30 et que
cette rivière sera suivie par quatre grands marécages et qu’il pleut et
que vous entendez tous les autres ronfler bien au chaud sous leur
tente…ça vous met le moral KO dès le départ ! Mais ce fameux jour a été
récompensé d’une façon inattendue en fait. Nous avons donc fait nos huit
km pour rejoindre la localisation que l’homme à la lance nous avait
donné la veille dans la nuit noire, sous la pluie, rivière, marécage et
patati et patata…nous arrivons et nous trouvons les bonobos à 5h15. Ils
se réveillaient. Notation : un bonobos, c’est très ponctuel dans son
réveil et c’est pourquoi il ne faut pas se permettre d’être en retard
car c’est vraiment à 5h15 que ces diablotins font leurs premiers
étirements matinaux ! Le seul souci de ce matin-là était qu’il ne
s’agissait pas en fait de NOS bonobos mais d’une communauté étrangère et
donc totalement et entièrement « sauvages » ! Au début, j’ai été
complètement démoralisée d’avoir fait tous ces efforts matinaux pour
cette erreur au demeurant compréhensible. Puis, j’ai réalisé qu’il était
absolument intéressant de voir et d’observer leurs réactions face à la
présence d’humains. Certains ont fui immédiatement par la canopée !
D’autres criaient comme des malades mais très curieusement ne prenaient
pas immédiatement la fuite et nous avons pu les suivre sur quelques
mètres à peine. Trois individus paniquaient complètement à notre vue du
haut de leur gigantesque arbre. Nous étions au bas de cet arbre. Ils
devaient néanmoins se sentir protéger par la hauteur. C’est ainsi que
j’ai pu découvrir la fragilité de ces êtres dont ont dit qu’ils sont «
naïfs » s’ils n’ont probablement jamais vu d’hommes jusqu’alors. Ils
sont ainsi plus faciles à chasser…et c’est bien la technique employée
par de nombreux chasseurs en forêt africaine pour les grands singes. Les
surprendre à leur réveil…et tirer dans les nids… La surprise,
l’étonnement et la fatigue passés, nous avons pu savourer cette
rencontre incroyable. Andrew et moi sommes rentrés l’esprit dans les
nuages avec une foule de question… !Nous venions de partager quelques
choses de vraiment génial. Puis, nous sommes partis à la recherche de
nos propres bonobos que nous n’avons pas trouvé et sommes rentrés au
camp sous la pluie en ayant parcouru nos éternels 20km quotidiens du
moment !

Les jours qui arrivent vont beaucoup plus calmes et reposant pour moi
dans la mesure ou je vais devoir rester au camp afin de remplacer Ryan.
Mais cela ne me convient finalement pas trop car je préfère nettement
retourner en forêt. Mais je vais essayer de m’organiser au moins une ou
deux sorties d’ici vendredi.

Mon herbier et ma liste d’alimentation consommée par les bonobos
avancent très lentement mais je progresse néanmoins. Il n’est vraiment
pas aisé de suivre, collecter et identifier ce que les bonobos
ingurgitent. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai du me faire ce mal de dos.
Je suivais un groupe important qui avait décidé de faire beaucoup de
déplacement ce jour-là et surtout de passer dans des endroits
impossibles ! Je me suis donc retrouvée dans une position de contorsion
au sol sous une masse de lianes qui m’a valu soudainement une douleur
aiguë au bas du dos et depuis…je souffre…Tu connais n'est-ce pas Véro?!
Ce jour-là, avant de déclarer forfait, j’avais réussi à les suivre sans
les perdre une seule fois durant 3H15, ce qui est un bon score !

Bon, je vais m’arrêter là pour aujourd’hui car je vois que ce courrier
n’en fini plus.
Merci pour les mails. Ca fait un bien fou. En revanche, il vaut mieux
m’écrire en noire et sans formatage car cela prend moins de KB.
Je vous embrasse tous très fort.

Barbara / Babs






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