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Nom du blog :
barbaraaucongo
Description du blog :
barbara est partie au congo suivre les bonobos en milieu sauvage, elle nous raconte son experience
Catégorie :
Blog Voyage
Date de création :
26.02.2008
Dernière mise à jour :
26.02.2008
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episode spécial!

episode spécial!

Posté le 26.02.2008 par barbaraaucongo
> Bonjour,
>
> Il est des jours ou l’on a moins envie de se réveiller à 3H00. Il est des matins qui vous pèsent plus que d’autres. Le réveil sonne. La toute première difficulté s’impose immédiatement : ouvrir ses yeux…Il faut ensuite s’asseoir sur le minuscule matelas gonflable…qui représente la deuxième douleur matinale...C’est ainsi que commencent mes journées lorsque je fais le suivi des boules de poils noires, c’est-à-dire environ un jour sur deux.
> Depuis quelques jours, je note qu’un phénomène nouveau accompagne mes gestes mécaniques dès que l’alarme de mon réveil me signale le début des douleurs. Alors que je m’extirpe hors de ma tente, veillant à limiter le bruit afin de ne pas réveiller ceux qui ont la chance de dormir jusqu’au matin, et que je m’astreint à ne pas imaginer blottis dans leurs draps, je me mets à rêver de mon retour en France. Je me fais sourire toute seule tout en me brossant les dents devant la photo de mes neveux. Lorsque par exemple, je pose en silence mon savon sur ma petite table de petits rondins de bois qui menace de s’écrouler à tous moments, je me surprends à vouloir errer dans les allées fléchées d’Ikea, à revoir pour la millième fois le meuble ou sofa dont aucun français n’arrivera jamais à prononcer un jour le nom, à passer à toute vitesse le secteur « meuble de bureau et d’ordinateur », à rester des heures dans celui des salles de bain à la recherche du petit objet pas cher mais qui i
rait si bien dans mon intérieur et que je finirais par reposer de toutes façons car toujours trop cher et inutile. Finalement, je ressortirais avec de simples bougies dont là encore le nom restera imprononçable et que je nommerais tout simplement…bougie ! Toujours en silence et mon esprit toujours un peu à Ikea, j’enfile mes chaussettes et mon pantalon qui me crient de plus en plus chaque jour qu’il est grand temps que je rentre me refaire la petite garde robe du parfait petit bénévole travaillant en forêt tropicale humide. Mes chaussettes deviennent une à une des mitaines pour pieds. Les villageois ont fait un miracle en matière de couture sur mes chaussures mais elles craquent de nouveau ailleurs. Je n’ai plus qu’un seul pantalon de forêt qui ne possède pas encore de pièces aux fesses ou à l’entre jambe ! Les autres sont devenus de véritables patchworks ! Toujours dans le plus grand des silences, je prends mon petit déjeuner à la lueur d’une bougie. Mon petit déjeuner se co
mpose de céréales Quaker mélangées dans du lait en poudre et dans lesquelles j’ajoute deux bananes et une cuillère à soupe de sucre. C’est à ce moment que mon binôme de suivi de bonobos s’installe en face de moi, en silence. Pas un mot n’est prononcé. Personne ne s’en offusque. C’est un accord tacite qui s’est installé à ce sujet. A 3h00, personne n’a envie de dire bonjour à personne et encore moins d’entamer un débat ! Et lorsque parfois, l’autre viole littéralement cet accord en vous posant une question du genre « lait ?» (à 3h45 du matin, on économise ses mots…), le regard se fait tout de suite panique au premier son sortant de cette bouche. A ce moment-là, l’idée de devoir construire vous-même une phrase en guise de réponse vous parait impossible. Soulagement, ce n’est que ça ! Alors on peut trouver une parade à cet effort qui vous parait insurmontable en indiquant d’un geste du menton et en retroussant sa bouche comme pour mieux encore signifier le lieu dans la pénombre
ou se trouve l’objet de l’agression…Puis on replonge immédiatement notre tête dans notre assiette métallique et cette sorte de bouillie à avaler. Après avoir bu une tasse d’eau, munie de ma torche frontale, j’entame les cinq km minimum qui me séparent du lieu de nichage des bonobos. Cela représente minimum une heure de marche. Une heure, c’est long. Parfois, les bonobos se trouvent à 8km ! Alors là, c’est vraiment long et ça vous détruit le moral avant d’entamer le parcours. J’ai déterminé ma limite à 9km.. Au-delà, je n’irais pas. Tout le monde le sait. Bon, depuis que je suis ici, les bonobos se sont limités à cette limite également. Cette marche, quelque soit la distance, vous laisse le temps de finir votre nuit et de penser ! On pense beaucoup lorsqu’on doit marcher seule comme un robot dans la nuit noire pendant une heure. Toutes les trente secondes, je retire les toiles tissées sur le chemin par des araignées imprudentes ou ignorantes du manège qui s’opère chaque matin
. C’est que le lieu est fréquenté Mesdames ! Et je pense, je pense tout en marchant sur mon petit chemin envahi de racines, de troncs, de colonie de fourmis Bafoumba (équivalent des magnans)…Aaahhh, revoir une bien belle et large autoroute avec un énorme bouchon au péage, plein de voiture de toutes les couleurs qui attendent!!!! Revoir ces énormes panneaux bleus qui vous indiquent Aix en Provence, Toulon, Nice…la Drôme, la sortie de Loriol et son goudron impeccable…des noms qui prennent désormais des airs de paradis exotiques…
> Ainsi sont donc devenues certaines matinées depuis quelques temps, des matins qui sont le signe pour moi qu’il est temps de rentrer en France en 2008 afin de recharger mes batteries, la fatigue s’est accumulée…
> Mais il est également des matins qui vous font oublier en moins d’un quart de seconde les autoroutes, les trous dans mes chaussettes, Tshirt et pantalon, les noms ou il y a toujours des lettres « O/' » et dont on ne saura jamais la prononciation, ma bouillie à la banane et le gars qui a osé me demander ou se trouvait le lait sachant que dans ce camp on peut avoir accès à tous (tente, toilette, nourriture, douche, laboratoire, réserve juste en tendant le bras vu l’exiguïté des lieux), on oublie également la sortie Loriol que personne ne connaît de toutes façons à part ma famille, au diable les autoroutes et tout le reste ! Car il est des matins fantastiques ou Madame Afrique doit voir ma petite baisse d’énergie et m’offre alors un beau cadeau pour me redonner de l’élan afin de tenir encore les cinq mois restant dans cette mémorable mission !
> Le 20 janvier dernier, je me trouvais donc en forêt avec mon binôme du jour qui était Andrew, le britannique. Cette matinée avait déjà assez bien commencé puisque à seulement 8h, nous étions déjà arrivés à récolter les urines des deux femelles qui intéressaient Andrew. Il a travaillé tout le mois de janvier sur les difficultés à mettre en évidences pour récolter les urines « quotidiennes » d’individus choisis pendant une longue période pouvant s’étaler sur une année. Nous avons donc passé tout ce dernier mois à essayer ce challenge tout en notant les difficultés et les orientations à choisir afin d’établir un protocole pour maximiser le taux de réussite d’une telle opération. Ce fut très intéressant et les difficultés n’ont pas manqué (pluie, absence de l’individu, canopée trop dense….) En tous cas, bonne chance à l’assistant dont se munira Andrew à son retour d’Europe dans 6 mois afin d’entamer cette récolte ! Ce ne sera pas simple du tout…Bref, à 9h20 précisément, le gro
upe de bonobos que nous suivions répond à une lointaine vocalisation et s’échappe à toute vitesse dans cette direction. Andrew et moi, nettement moins à l’aise qu’eux pour courir dans la forêt arrivons tout de même à les retrouver quelques minutes après, curieux de comprendre ce qui avait bien pu leur passer par la tête. On arrive près d’eux. Rien. Grand silence. Ils sont assis au sol. Nous les observons. Ils nous observent. Toujours grand silence. Puis, soudain, on entend tout près de nous le cri d’un petit céphalophe et en moins d’une seconde, une femelle bonobo se rue sur l’animal et l’emporte avec elle. A partir de là : grand « bordel » ! Tous les bonobos se mirent à vocaliser très fort. Les cris aigus étaient si nombreux et si forts que s’en était presque assourdissant. A cela s’ajoute l’embrouille générale autour de ce petit céphalophe. Tous les individus se déplaçaient avec frénésie. L’excitation était à son comble pour tous les bonobos de la communauté. Andrew et moi
ne savions plus du tout ou se trouvait qui dans ce capharnaüm et ce bruit toujours incessant. Une femelle tenait le céphalophe très serré contre elle. Le céphalophe poussait de nombreux cris. Les autres femelles et les jeunes la suivaient de près. Alors, la femelle se déplaçait à nouveau afin d’échapper à la mendicité dérangeante des autres. Les mâles quant à eux, couraient dans tous les sens furieux d’être mis à l’écart de ce précieux butin. Ils coupaient de grosses branches fournies en feuilles et les traînaient derrière eux sur plusieurs mètres en geste d’intimidation afin de manifester leur colère. Andrew et moi courions après tout ça dans un désordre absolu mais super excités car conscients que nous assistions là à une scène peu commune ! Moi, je ne sors jamais sans mon appareil photo ! Et voilà pourquoi ! Bon, mais en même temps, je n’ai pas fait un excellent film ou même de bonnes photos sur ce coup. Le lieu ou les bonobos ont enfin daigné passer au repas était un espa
ce très fermé, dense et couvert. Le film n’est donc pas de bonne qualité. Mais en revanche on entend bien tous ces cris, tout ce bruit et aussi malheureusement les pauvres plaintes de ce petit céphalophe. L’agonie de ce pauvre animal aura duré 50 minutes !!! Une horreur pour moi, frisant l’insupportable ! Alors, je vous entends d’ici dire « mais c’est la nature… » et patati et patata…Il n’en reste pas moins qu’au bout de 50 minutes à entendre cette minuscule antilope souffrir et le crier si fort, je devenais perturbée et souhaitais de toutes mes forces que ces bonobos trouvent enfin un accord sur le lieu du déjeuner et entament le repas. Ils le firent donc au bout de 50 minutes. C’était également extrêmement intéressant d’observer cette scène. Seules les femelles ainsi que les jeunes avaient accès à ce repas de protéine! Les mâles étaient clairement tenus en marge. La plupart étaient donc résignés semblant comprendre que toute insistance serait inutile. Mais leur regard en d
isait long sur l’envie qu’ils avaient de participer au festin. Ils me faisaient de la peine. Certain d’entre eux essayaient à nouveau de temps à autre le coup de la branche qu’ils font traîner bruyamment en guise d’intimidation. Un flop total ! D’autres tentaient l’approche « petit à petit mais sûrement, ayons l’air de rien » mais se faisaient exclure avec une certaine efficacité et sans manière, ayant franchis le périmètre du déraisonnable !
> Dans cette histoire, tout le monde avait un rôle. Le céphalophe dans celui de la victime, les bonobos en chasseurs, Andrew en chercheur observateur et super super super content d’assister à ça à peine une semaine avant son retour en Europe…et il y avait moi, médiocre cameraman au résultat qui ne mérite aucun prix, assistante de terrain super super super contente d’assister à cette scène et ayant aussi le rôle de « charognard » !!!! Ben ouais ! A chaque fois que les bonobos déplaçaient la dépouille entamée quelques mètres plus loin, je devais aller tenter de récupérer les restes (sang, morceaux d’os, tissu, poils…) et les mettre dans l’alcool. Vous imaginez un peu, moi la végétarienne, devant faire ce genre de tâche !!! Ca va en faire rire plus d’un ! Moi, ça m’a fait beaucoup rire en tout cas ! Mais le travail, c’est le travail ! Alors j’ai fais cette petite collecte. Bon, j’ai pu ainsi constater que les bonobos mangent TOUT ! Ils ne laissent rien tomber. Andrew et moi nou
s sommes régalés à observer cette scène du début à la fin. Nous étions véritablement des privilégiés ce matin-là. Lorsqu’ils achevèrent leur repas et après avoir échangé nos impressions sur notamment le constat qu’une telle scène illustre parfaitement le mode matriarcal autour duquel s’organise la structure social des bonobos, sur la comparaison qui pouvait être faite avec une scène semblable mais avec des chimpanzés etc…, tout le monde s’est étendu au sol y compris nous. La chaleur, la joie, le stress et tout le reste nous réduisant à cet état au bout de ces deux excellentes heures. Les jeunes bonobos jouaient ensemble et partageaient de bonnes parties de « rigolades », les femelles, repues, étaient avachies et partageaient pour certaines d’entre elles de tranquilles séances de « groom », comprenez « épouillage ». Les mâles, peu rancunier, prenaient part également à ces séances. Quelques mâles avaient tout de même réussi à avoir une médiocre part du butin…Bref, la paix et l
a tranquillité étaient enfin revenues parmi nous tous. Andrew et moi étions allongés au sol à côté de toutes ces peluches. La chaleur commençait à être pesante. Nous étions chacun de notre côté, perdus dans nos pensées suite à cette fabuleuse matinée tout en goûtant silencieusement au plaisir de les voir tous si calmes et sereins. Quand…tout d’un coup…à peine après quelques minutes de repos…nous entendons les mêmes cris d’un céphalophe attrapé de nouveau par un bonobo un peu plus loin ! On aurait dit un gag ! Andrew et moi ont s’est relevé en un quart de seconde partagés entre incrédulité, joie et fatigue d’avoir à se relever si tôt !!!! Toute la première scène s’est jouée à nouveau devant nous pour la deuxième fois en moins de trois heures ! Mais cette fois, le petit céphalophe ne gémit pas trop longtemps et ses souffrances furent vite abrégées. Nous étions dans un espace plus ouvert et la vue était assez imprenable si j’ose dire. Alors, nous nous sommes allongés de nouvea
u à seulement quelques mètres d’eux, totalement absorbés par le mode de partage de la viande de la jeune proie. Cette fois-ci, les mâles étaient de plus en plus agacés par le fait d’être de nouveau tenu à l’écart. La frustration les poussait cette fois à de plus nombreux displays (toujours avec les branches qu’ils font traîner). Ils devenaient de plus en plus audacieux…mais un bonobo reste un bonobo et les conflits ne vont pas très loin…Les mâles se résignent et préfèrent recourir à la mendicité. Donc, même scénario, les mâles ont eu de nouveau très très peu. Seuls les femelles et les jeunes se sont partagés la dépouille. Les bonobos ne sont pas des primates violents. Ce sont, comme je les ai surnommé, les « gentils » de la forêt. En tous cas, jusqu’à aujourd’hui, aucun acte de violence n’a jamais été encore rapporté ou observé comme il peut en exister par exemple au sein des communautés de chimpanzés. Mais on peut aussi tout à fait s’accorder sur le fait que le bonobo, à l’é
tat sauvage, n’est observé que depuis peu en comparaison aux nombreuses études réalisées sur les chimpanzés. Bon, mais à les observer depuis bientôt 5 mois, avec les bébés et entre eux, mâles ou femelles, je les apparenterais plus au monde merveilleux des Bisounours qu’à celui de leur cousin troglodytes… !
> Ce matin-là donc, nous sommes rentrés au camp avec notre carnet de notes de terrain respectif bien rempli, nos sacs à dos fournis en échantillons morbides, un sourire béat inaltérable sur nos visages et la culpabilité d’annoncer ça aux « autres »…Notre chance était vraiment insolente…non pas une, mais deux chasses, coup sur coup !!!! Inimaginable ! Nous pensons qu’il devait s’agir de bébés céphalophes laissés « à l’abri » par leur mère…tragique erreur…
>
> Mais il y a encore bien plus insolent dans tout ceci ! La scène que je viens de vous décrire s’est passée le 20 janvier. Le 26 janvier, soit seulement 6 jours après, j’ai eu la troisième opportunité d’assister à une nouvelle chasse !!!Voui voui…j’ai limite honte…de tant de « bénédiction sur ma tête » comme ils me disent ici…J’étais avec cette fois Martin, le suisse. Il n’en revenait pas. C’était encore une fois le même scénario. Mais, cette fois-ci, le lieu et la luminosité se prêtaient nettement mieux pour filmer. J’ai pu ainsi capturer une scène extraordinaire de quelques minutes où l’on voit très nettement une femelle adulte tenir bien serré contre elle la moitié d’un jeune céphalophe, en manger quelques morceaux, complètement harcelée par une autre femelle, un jeune sub-adulte et un mâle ! Je pense, qu’à ce jour, il ne doit pas exister de nombreux films avec une pareille scène concernant des bonobos sauvages !!! Je crois que l’Institut sera content de mon cadeau ! Le
petit « hic » est que j’ai passé ma caméra à Martin, plus grand que moi pour qu’il fasse une meilleure prise. Martin a eu l’idée « butée » de tourner mon appareil photo pour faire un autre « effet » ! Du coup, le film est lui aussi penché !!! C’est un sacré effet ! Pour le voir correctement, il faut donc pencher mon ordinateur ! C’est malin ! Je pense que MPI aura des techniciens qui arriveront à résoudre le problème en faisant un montage spécial. Le plus rigolo dans tout ça est que Barbara Fruth vient de nous annoncer qu’elle allait arriver d’ici la fin de février avec une équipe de tournage de la télévision allemande pour une semaine. Elle espère que les bonobos feront des actions intéressantes…Ils se sont trompés de semaine à priori…
> Enfin, ça m’a fait du bien tout ça en tous cas. Merci Madame Afrique.
>
> A par cela, je vais entamer d’ici très peu de jour, mon cinquième mois. Je poursuis mon travail de collecte de donnée concernant l’alimentation des bonobos. Je suis en charge de dresser à la suite de ces collectes un tableau le plus précis possible. Je fais également les analyses sur certains fruits et plantes afin de déterminer si il y présence ou non de cyanure et/ou d’alcaloïdes. Je poursuis également l’herbier dès que j’ai l’occasion de trouver un échantillon correct à herboriser. Concrètement, cela signifie que je sors en forêt un jour sur deux à récolter derrière les bonobos tout ce qu’ils daignent me laisser comme indices. Le lendemain, je reste au camp afin de procéder aux analyses chimiques dans le laboratoire et entrer mes données. Je prends désormais une journée hebdomadaire de repos. Et je remplace l’administratrice également lors de sa journée de repos. J’ai donc trouvé un bon équilibre dans les tâches que je dois réaliser en évitant de trop stresser. Ce qui s
’est passé en novembre et décembre m’a servi de leçon. Aujourd’hui, je me suis installée un programme plus serein qui me permettra de tenir jusqu’à la fin de ce contrat.
>
> L’avion qui nous ravitaille est venu le 29 janvier dernier. Il a repris avec lui Andrew le britannique qui venait de faire dix mois, Cynthia la hongroise (4 mois) et Jos, le danois (1 mois et demi). J’ai donc dit au revoir à Andrew. Après ce qui nous était arrivés fin novembre dernier (voir la page 378 de mon roman…), nos relations ont été plus distantes mais conservant néanmoins un caractère courtois et respectueux. Je pense qu’Andrew s’en voulait terriblement de sa réaction mais qu’il ne pouvait pas me présenter une seconde fois des excuses. Nous avons donc conclu un accord de paix tacite et surtout un pacte de non-agression verbale. En même temps, nous étions les seuls à avoir eu une réelle expérience avec les bonobos ET les chimpanzés. Nous tombions souvent d’accord sur beaucoup de sujets liés à la conservation in situ. Nos observations étaient souvent similaires sur le terrain avec les bonobos. Et je sais qu’il appréciait mon « efficacité » dans l’aide que je lui appo
rtais les dernières semaines lors de la récolte des échantillons d’urines pour son protocole. Il a souvent fait des compliments sur mon travail (aux autres) que ce soit en tant qu’administratrice ou ensuite, sur le terrain avec les bonobos. Bref, Andrew est parti ! Il aura réussi le tour de force en tous cas de me manquer les premiers jours, surtout son travail. Comme je l’avais déjà écrit plusieurs fois (page 277, page 472!!!), c’est un excellent chercheur qui m’a beaucoup impressionné en toute objectivité. Et puis, on peut dire ce qu’on veut, un gars de presque 40 ans qui vomit du sang en pleurant et donc vous tenez la tête entre vos mains dans une chaleur insupportable…ça vous marque un peu tout de même, ça crée une sorte de lien silencieux et c’est ce qui s’est produit entre lui et moi.
> Voilà, il ne reste à présent, plus que moi de l’équipe de mon arrivée. J’ai vu partir tout le monde petit à petit. Aujourd’hui, au camp, nous ne sommes plus que trois « expatriés ». Martin, le suisse qui prépare un PHD sur les hormones mâles des bonobos et il y a Heidi la jeune canadienne qui a le rôle d’administratrice. En théorie, je serais la prochaine qui devrait partir…si tout va bien. Nous allons recevoir des arrivants mais je serais la prochaine sortante. Ce devrait être en juillet. Il faut que je tienne jusque là. C’est vraiment un pari car il faut comprendre que l’exiguïté et l’extrême isolement des lieux font de cette mission un véritable jeu de massacre dans votre moral. On passe tous par des étapes trop bizarres…et je vois vraiment pourquoi peu de personne totalise finalement les neuf mois et surtout pourquoi Gottfried et Barbara refusent de faire des contrats plus longs que cette période. Cette expérience restera de loin, la plus éprouvante mais la plus curieu
se également ! Mais, je tiens encore le coup même si ce n’est pas le cas de mes chaussettes et culottes…j’ai un secret…je me brosse les dents chaque matin devant les cadres de mes neveux qui décorent la « terrasse » de ma tente ! Et puis, j’ai les bonobos qui m’offrent de petits privilèges (voir page 612, 689…) Et puis, dans l’avion qui nous a « largué » le ravitaillement, parmi tous les cartons réceptionnés, j’avais un carton à mon prénom dans lequel j’ai découvert de supers remontants : un énorme fromage du Kivu, deux boites de vache qui rit, onze tablettes de chocolat, deux canettes de coca et le magazine dernière impression de Jeunes Afrique ! Mon Nono de Kinshasa ne m’avait pas oublié ! Hourra ! Quel bonheur de mordre dans ce délicieux fromage de la si triste et tragique région du Kivu. Un pur moment de bonheur, celui qui vous fait fermer les yeux pendant des minutes qui vous paraissent être une éternité car vous font oublier tout ce qui n’est pas ce fromage ! Je ne vous
parle même pas du chocolat. Bon, je dois reconnaître en toute objectivité qu’il est médiocre et qu’un suisse le recracherait…mais ici, tout est différent et personne n’aurait l’idée de le refuser, pas même Martin le suisse ! Il devient l’objet de toutes les convoitises (le chocolat !), l’objet à protéger sous double cadenas, l’objet auquel on pense alors qu’on est en forêt sous l’énorme arbre ou se trouvent les bonobos depuis des heures à ne rien faire d’intéressant alors qu’il fait 33°…on presse un peu plus vite le pas du retour afin de vite retrouver notre nouvelle meilleure amie du campement : la boite en plastique ou se trouve fromage du Kivu, vache qui rit et tablette de chocolat ! Lorsque l’on sort cette boite du bidon étanche, c’est comme si nous sortions le Saint Graal (pas celui que tu crois Mix !) avec des précautions exagérées ! C’est tout juste si nous ne retenons pas notre respiration jusqu’à ce que la boite atteigne la table…c’est l’effet Lui Kotal après presqu
e cinq mois…Merci mille fois à Nono qui a su réunir dans ce carton tous les symboles de notre rencontre !
>
> Cynthia et Andrew sont donc partis avec sur le corps de multiples ulcères tropicaux. Je vous en avais parlé aussi dans mes mails (page 256, 123). Je croise vraiment les doigts car pour le moment je semble échapper à cette immonde et douloureuse règle. Les seuls boutons que j’ai en ce moment sont certainement dus à la subite quantité importante de chocolat absorbée ces tous derniers jour (faut pas que ça fonde…). To katala ! (« Nous verrons ! » en Lingala).
>
> Depuis plus d’une semaine, nous n’avons plus de pluie et la température augmente encore. Depuis trois jours, les nuits sont difficilement chaudes et moites. S’engouffrer dans sa tente devient une épreuve. Si j’avais un hamac avec moustiquaire, j’en ferais ma nouvelle résidence et j’irais dormir dans la forêt! Il fait une moyenne de 33° à l’ombre et en forêt, l’air est encore plus étouffant la journée!
>
> J’ai approximativement un milliard de lettres en retard à répondre. Pardon aux personnes concernées. Si cela continu, j’ai calculé que j’arriverais à écrire ma dernière réponse aux mails reçus vers le 13 octobre 2012 aux alentours de 17H48 ! Manque de temps et aussi, très souvent, d’électricité pour charger ma batterie d’ordinateur…Mais je pense à tout le monde et je vais tacher de finir avant le 13 octobre 2012…promis…
>
> Gilles, tu dois m’envoyer par Barbara Fruth, une vidéo et des photos de Chacha avec un quotidien daté sous sa petite tête pour me prouver qu’elle est toujours en vie !
>
> Un bisou tout doux et plein de tendresse pour la petite Carla et le petit Mathieu…Bienvenue !
>
> Je dois à présent vous laisser car six pages, c’est pas mal et aussi car le Saint Graal m’appelle…je crois que j’ai encore du chocolat séché sur mes commissures des lèvres depuis 5 jours…
>
> Je vous embrasse bien fort.
>
> Barbara / Babs




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